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Posté le Samedi 7 mai 2016

Il y a quelques années, j’avais créé le blog « la lettre du Moldave », avec un certain plaisir et quelques résonnances, puisqu’un livre est sorti, portant le même titre. Aujourd’hui, la Moldavie s’est éloignée, mais elle reste toutefois dans mon cœur (n’est-ce pas Dumitru Crudu ?). L’Amérique Latine est davantage présente dans mon esprit et dans mes projets. Je reviens de Montevideo et la littérature de toute cette zone sud-américaine me nourrit chaque jour. Car il ne s’agit pas seulement de Montevideo et de l’Uruguay, mais de tout un continent qui me paraît offrir aujourd’hui les perspectives les plus intéressantes. Ce blog répercutera toutes ces envies à travers textes et traductions dans différents domaines de la vie culturelle.

endirectdemontevideo @ 18 h 24 min
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Raul Henao

Posté le Samedi 24 juin 2017

Raul Henao : poète et essayiste colombien, né à Cali en 1944. Il a vécu aux Etats-Unis, au Venezuela et au Mexique. Il écrit essentiellement dans les journaux et les revues qui, à travers le monde, maintiennent vivant le lien poétique et libertaire du mouvement surréaliste. Son œuvre poétique a été traduite partiellement en anglais, français, portugais, allemand et néerlandais. Son dernier livre s’intitule : Una alberca en la luna (Une piscine dans la Lune)

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Le secret

Il m’a été révélé par un battement de cœur ou un cillement d’yeux le secret qui régit le monde. Il donne la possibilité de transformer le règne tyrannique de l’homme de fer en un nouvel Age Doré, libéré de la crainte de la faim et de la guerre, de la vieillesse et de la mort. Mais quand je veux le communiquer à mes contemporains, je découvre que l’essence même de ce secret est de rester indéchiffrable et que si j’essaie de la partager avec d’autres il demeure étranger à leurs sentiments indifférents au point qu’ils ne ressentent pas l’obscur pouvoir du temps, dont je retourne le sablier à la tombée de la nuit qui finit l’année.

 

La bonne sœur

« Mets la table où s’assoit l’amour » Rémy de Gourmont

Se rassemblent les feuilles mortes des heures passées quand le nouvel an commence à se dessiner dans la nébuleuse matinée. Elle appuie son nez enrhumé sur les vitrines du boulevard. Il n’y a quasiment plus de fleurs sur l’autel pour la messe des défunts par ce temps vif et déjà nous revient le souvenir modeste du bonheur perdu dans les racontars d’une rencontre en ville… et seulement parce que lui revient l’arrière-goût des images de saints et des cartes de visite vieillottes. Maintenant à l’heure troublante et incertaine des amours crépusculaires et tardifs, c’est la solitude qui habille la religieuse, qui s’assoit à la table du réfectoire alors qu’au fond de l’étroit couvent se rallume la terne cheminée quand sonne l’heure du souper.

 

La mer voluptueuse

L’horizon se prolonge sur l’étendue caniculaire et poussiéreuse

de la baie, qui à vol d’oiseau ressemble aux flancs

d’une bête morte.

 

C’est le territoire du tourtereau et de la chauve-souris à l’heure où le jour et la nuit

se confondent dans les chambres vides des hôtels

ou dans les flaques de pluie que le soir laisse au passage sur la plage.

 

La mer récupère aussitôt ce collier de perles abandonné

au large de la côte comme un cou de femme nacré

que la marée couvre peu à peu de baisers.

endirectdemontevideo @ 14 h 15 min
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Leon de Greiff

Posté le Vendredi 23 juin 2017

Voici un long poème de Leon de Greiff, mais cela aurait été dommage de le couper…

Balade de la mer jamais vue, rythmée en vers divers

 

Je n’ai pas vu la mer.

Mes yeux

-vigies au regard perçant, fantastiques vers luisants ;

toujours attentifs dans la nuit ; maîtres
de l’étoile incurvée ;

du monde sidéral ;

mes yeux vagabonds

familiers de l’horrible vertige de l’abîme ;

mes yeux acérés de viking, toujours à scruter ;

mes yeux vagabonds

n’ont pas vu la mer…

 

Le chant tout en onde de sa courbe tremblante

n’a pas de prise sur mes rêves ;

je n’entends pas la plainte érotique de ses sirènes ;

ma rétine n’est pas subjuguée par le rutilant vif-argent

à cheval sur son dos…

Ses trombes mugissantes,

ses silences, moi, jamais je n’ai pu les entendre…

ni ses colère cyclopéennes, ses plaintes et ses hymnes ;

pas plus que son mutisme impavide quand l’argent et l’or

des soleils et des lunes, comme des pleurs permanents,

dispersent leurs richesses sous le glauque zéphir.

 

Je n’ai pas respiré son parfum !

 

Je connais les arômes

des chevelures aimées…

Je connais les parfums des cous élancés,

fragiles et tendres ;

des seins où les effluves préférées

de Vénus cachent leur bouquet!

 

J’ai respiré les alambics

où Nirvana brûle le symbolique bois de santal ;

l’aloès et la myrrhe du mage Zoroastre…

Mais je n’ai jamais humé

les sels et l’iode marin.

 

Mes lèvres déshydratées

n’ont pas apaisé leur soif

dans ses outres :

non, ce n’est pas dans ses outres aigres

qu’elles ont étanché leur soif…

Mes lèvres folles, ivres, avides, vagabondes,

lèvres si pensives

amères de plaintes et de colères

où des lèvres –vierges- ont bu ma soif !

 

Frère des nuages,

voilà que je suis

frère des nuages,

des nuages fugitifs, ces mirages en l’air :

vaporeux navires

que chassent d’âcres souffles anonymes et froids,

que poussent de vigoureux élans versatiles et moroses !

Voyageur de la nuit,

voilà ce que je suis.

 

Voyageur des nuits enivrantes ; marin

des golfes sans limites,

des golfes sans limites, délirants, vides,

-vides de l’infini… vides… Un marin docile

c’est ce que je suis,

et mes rêves des navires en déroute…

Navires en déroute, caps inconnus, antres

de pirates… la mer ! Mes yeux vagagonds

-voyageurs infatigables- connaissent les cieux, les mondes,

ils connaissent les nuits profondes, légères ou sereines,

ils connaissent les nuits tragiques

les songes délicieux,

les rêves impudiques…

Ils savent les dommages irréparables,

les jouissances et les pleurs,

les mythes et la science,

la haine et la clémence,

la douleur

et l’amour !

 

Mes yeux vagabonds,

mes yeux impuissants…

ils n’ont pas vu la mer mes yeux,

je n’ai pas vu la mer !

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De: Antología Multilingüeimages[1]

endirectdemontevideo @ 14 h 56 min
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Tania Cárdenas

Posté le Jeudi 22 juin 2017

Tania Cárdenas fait ce qu’on peut appeler du théâtre-documentaire. Dans sa pièce « Moi, j’ai voulu crier », elle attire l’attention sur le nombre de femmes qui sont battues (et parfois tuées) par leurs conjoints. Elle termine ainsi :

D’après mes enquêtes, 50% des Colombiens admettent avoir maltraité leur femme, 26% pour l’intimider, 14% avouent avoir giflé au moins une fois sa compagne et 9% reconnaissent lui avoir donné un coup de poing.

Selon l’Institut de Médecine Légal, entre janvier et septembre 2009, 206 735 femmes et 22 589 hommes ont été blessés physiquement, frappés, abusés et, parfois, assassinés par la personne même qui un jour a promis de l’aimer.

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Julio est battu chaque jour par sa femme. Il vient de recevoir un violent coup de casserole sur la tête.

JULIO – A la clinique, nous avons que nous étions en train de danser et que nous sommes tombés tellement nous avions bu. Au bureau, j’ai dit que j’étais allé dans la propriété de ma belle-sœur, qui possède une piscine. J’ai glissé sur le bord et je me suis ouvert le front. A ma famille, j’ai dit que j’avais joué au football avec mes collègues du bureau. Ils m’avaient mis gardien de but. Il y en a un qui a une fameuse frappe de balle. J’ai pris en pleine tête son pied, mais j’ai évité le but. Mes neveux maintenant me regardent comme un héros. A Alejo, j’ai dit que nous étions au lit, dans un moment de sexe échevelé avec Nina. J’ai perdu le contrôle et tous les deux nous nous sommes retrouvés en sang, mais tellement heureux. Qu’il m’arrive encore ce genre d’accident, ça le rend jaloux.

ALEJO – Cette estafilade, mon frère, ce n’est pas une blessure, c’est un trophée ! Exhibe-la, car nous ne sommes pas nombreux à notre âge à se payer le luxe de dire que nos femmes nous a blessés.

endirectdemontevideo @ 15 h 07 min
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Henry Ficher

Posté le Mercredi 21 juin 2017

Décidément, les écrivains colombiens sont très inspirés par le déluge et l’Arche de Noé. Voici un court texte d’Henry Ficher.

Arborescent

Les arbres ne doivent rien à une divinité. Quand Yahvé ordonna à Noé de construire son arche et décréta la fin de toute chair, la sagesse des arbres avait déjà prévu quoi faire. Bien avant le déluge, les semences de toute végétation terrestre se déposèrent dans un tronc creux, de proportions bibliques, dont l’intérieur tiède les protégea de la catastrophe. Au moment où les eaux se sont retirées, sortit du tronc une graine volatile, d’une espèce semblable au coquelicot, mais elle resta en vol et se perdit. Quelques temps après, du tronc surgit une autre semence, mais le sol était encore inondé et elle ne put germer. Finalement, le tronc échoua sur un promontoire et beaucoup de graines s’éparpillèrent et prirent racine. C’est fut ainsi que grandit, des siècles plus tard, l’arbre sacré de la Bodhi, le pipal (Ficus religiosa) sous lequel Sidarta Gautama se révéla par ses méditations comme le grand Bouddha.

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Sculpture de Bouddha dans un pipal à Ayutthaya

endirectdemontevideo @ 14 h 07 min
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Manuel Zapata Olivella

Posté le Mardi 20 juin 2017

Manuel Zapata Olivella est un ancêtre des noirs venus d’Afrique pour être esclave en Amérique du Sud. Il est un des grands auteurs de cette littérature afro-colombienne. Chango, el gran putas est un chant magnifique.

Ils ont cassé le mariage du sang et de la terre

nos vie arrachées de l’arbre, feuilles sans branches.

Ils ont cassé le nœud qui unit la semence à l’étoile

en milliers de gouttes le courant du fleuve

n’entend plus vos souffles, hommes dispersés

à la surface de la terre !

Toi, Elegba, qui veilles sur les vents

qui souhaites la bienvenue à ceux qui reviennent,

assied-toi ici sur le seuil de la porte !

Oreille d’escargot, clefs des tombes et des cavernes

redouble la douleur de nos blessures

et qu’elles ne se referment jamais

maintenant que nous sommes esclaves.

Bouche les oreilles, ferme les yeux

à ceux qui ne croient en la vérité de mon chant.

Met ton rire sur les lèvres des enfants

leur fantaisie enrichira mes pauvres paroles.

Que tout soit paix et repos

quand je vais commencer mon long récit,

c’est l’histoire de mon pays outragé.

MANUEL ZAPATA[1]

endirectdemontevideo @ 14 h 20 min
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Daniel Ferreira

Posté le Lundi 19 juin 2017

Daniel Ferreira est un écrivain colombien, né en 1981. Il s’est fait connaître par ce petit roman intitulé « Rébellion des métiers inutiles », dont voici le début.

Cette histoire a commencé le jour où j’ai créé un journal et a continué le jour où j’ai enregistré ce message au magnétophone, parce que je n’écrirai plus, parce que sous les décombres de ma maison détruite j’ai trouvé le corps de ma sœur Luisa. J’ai fondé un journal pour accompagner un peuple, pour raconter ses luttes et ses besoins, pour dire ses histoires familières, mais un peuple qui n’est pas atterré devant les atrocités quotidiennes, qui demeure imperturbable devant les disparitions et les morts, qui transforme en animal l’ennemi pour l’abattre comme une bête, un pays qui donne unanimement raison aux marchands de morale, à la mise en scène des gouvernements et de leurs bouffons, un pays cerné par la mort qui se délecte de milliers d’images de cadavres et qui demande ensuite la peine de mort pour venger le crime par le crime, pour apaiser sa soif de sang et de morbide, un pays qui massacre un par un ses victimes pour ne pas avoir à répondre de génocide, un peuple qui joue au pantin effronté devant l’injustice, un mannequin qui considère que les escadrons de la mort sont un mal nécessaire, un pays de sycophantes, d’imposteurs, de traîtres, avec ses citoyens acéphales qui agissent comme des somnambules, avec ses artistes et ses musiciens méprisables qui font de la musique pour accompagner le bruit de fond (…)

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endirectdemontevideo @ 14 h 36 min
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Gabriel Garcia Marquez

Posté le Dimanche 18 juin 2017

De l’autre côté de la mort.

Dans ce conte, Garcia Marquez parle de l’expérience d’un homme qui a vu mourir son frère jumeau de la gangrène. Il se réveille deux fois en sursaut avec la sensation qu’il y a quelqu’un dans sa chambre. Il est persuadé que c’est son frère jumeau qui est entré. Les deux frères se ressemblaient beaucoup physiquement, mais avaient des esprits très différents. Quand son frère est tombé malade, lui se sentait bien parce qu’il s’était différencié de son jumeau par sa barbe. Mais quand il est mort, il a appelé un barbier et à mesure qu’il perdait sa barbe, il pensait que c’était lui le mort.

Il pensa que l’hypothèse la plus probable était que le corps de son frère n’allait jamais tomber en poussière et qu’au contraire lui vivant allait pourrir de l’intérieur. Il se résigna à attendre son heure dernière. Il lui semblait qu’une substance bleue le recouvrait entièrement. Il sentit ses propres odeurs corporelles se confondre avec le formol de la pièce voisine. Un tressaillement froid, caractéristique l’envahit. Dans son coin, le grillon essayait de reprendre sa cantilène alors que les premières gouttes, graisseuses et exactes, de l’orage frappaient les vitres. Il savait la maison tout en vieux bois si fragile devant les rafales qu’elle pouvait être emportée en une heure. Mais maintenant tout lui était égal. Entre lui et sa tombe, il n’y avait plus que l’intervalle de sa mort. Résigné, il entendit les gouttes, grosses, pesantes, ponctuelles qui frappaient sur cet autre monde, le monde trompeur et absurde des animaux doués de raison.

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endirectdemontevideo @ 16 h 45 min
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Jorge Gaitán Durán

Posté le Samedi 17 juin 2017

Voici un superbe poème de Jorge Gaitán Durán (que j’avais d’ailleurs introduit dans mon adaptation de Garcia Marquez : Sous la botte du patriarche).

Ils s’unissent nus

Deux corps qui s’unissent nus

seuls dans la ville où résident les astres

inventent indéfiniment le désir.

Ils ne se voient pas quand ils s’aiment, beaux

ou atroces ils brûlent comme deux mondes

qui une fois tous les mille ans se croisent dans le ciel.

C’est seulement par la parole –vieille lune-

que nous décrivons nos corps quand ils s’embrassent,

se pénètrent, crachent, saignent, rocs qui se détruisent,

étoiles ennemies, empires qui s’affrontent.

Ils se livrent à d’éphémères caresses sous mille soleils

qui se déchirent, jouissent à n’en plus pouvoir,

sautent comme des dauphins blancs en plein jour,

passent comme un simple incendie dans la nuit.

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endirectdemontevideo @ 13 h 45 min
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Alvaro Mutis

Posté le Vendredi 16 juin 2017

Quand on lit ce poème en prose d’Alvaro Mutis, je ne sais pas pourquoi mais on pense à toutes ces villes bombardées aujourd’hui…

LES BETES

            Créer des bêtes ! Imaginez leur histoire. Aiguiser leurs longues griffes. Affûtez leurs becs crochus et tenaces. Donnez-leur un itinéraire calculé et sûr.

Malheur à ceux qui n’ont pas un bestiaire pour enrichir certaines heures et leur servir de compagnie dans l’avenir !

Etendons le domaine des bêtes. Qu’elles commencent à entrer dans les villes, qu’elles trouvent refuge dans les immeubles bombardés, dans les égouts éventrés, dans les tours inutiles qui commémorent des dates oubliées. Entrons dans le royaume des bêtes. De leur puissance dépend notre vie. Elles ouvriront nos meilleures blessures.

traduction de François Maspéro

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endirectdemontevideo @ 13 h 30 min
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Pedro Miguel Rozo

Posté le Jeudi 15 juin 2017

Voici encore une pièce colombienne bien étonnante, voire choquante. Purgatoire express de Pedro Miguel Rozo. L’intrigue est simple. A Madrid, une riche et vieille Espagnole décide de se marier avec un ou une immigrée (puisque c’est désormais possible en Espagne) pour lui assurer un bien meilleur avenir. Pour cela, elle réunit une Colombienne, une Equatorienne, un Ukrainien, un Marocain et un Ivoirien et elle donne les règles d’un véritable concours qui se transforme progressivement en jeu mortel pour l’une d’entre eux. Toute une série d’épreuves les attendent, depuis la faim, le manque de sommeil, puis le don de sang et de sperme.

Voulant donner plus de sang que les autres l’Equatorienne Alba finit par succomber.

Sekou: Elle avait quatre fils, une fille, un mari et une soeur.

Sara: C’est triste… mais qui suis-je moi pour juger de ses actes. C’est Dieu que ça concerne.

Sekou: Il faut prévenir sa famille…

Sara: Ils ne comprendront pas et de ne pas comprendre, ils vont ruiner leurs vies. Et tu le sais.

Sekou: Alors, la police…

Sara: Tu ne crois pas qu’on pourrait faire de la mort d’Alba quelque chose de plus transcendantal et de moins inutile ?

Sekou: Comment ?!

Sara: Mon Dieu, Sekou, réfléchis.

Sekou: Je… je ne comprends pas.

Sara: Rappelle-moi. Quelle a été ta profession ?

Sekou : J’ai travaillé dans une boucherie quand j’étais plus jeune.

Sara : Alors justement, mets-toi à l’ouvrage. Moi, je ne peux pas t’aider, avec mon arthrite…

Sekou : Quoi ! vous voulez que…

Sara : Allez, ne sois pas paresseux. Il y a le foie, le cœur, les reins… Nous avons beaucoup de travail. Chaque organe que nous allons extraire d’Alba, ce sera une vie que nous pourrons sauver en Espagne. Qu’y a-t-il d’extraordinaire ? Que le sacrifice d’une Equatorienne sauve des vies espagnoles ? Que le rein droit d’Alba serve non seulement à sauver une vie, mais aussi à éliminer les préjugés racistes sur les Equatoriens ? Et puis, de cette façon, nous réalisons aussi, en servant de médium, le rêve d’Alba de vivre en Espagne légalement. C’est le moins que nous pouvons faire pour elle, et c’est le plus qu’elle puisse faire pour ce pays.

Sekou : Je vais vomir.

Sara : L’amour pour son prochain passe par la capacité à oublier la nausée. Je ne comprends pas le dégoût que peuvent ressentir les gens pour le corps humain. Enfin, c’est au contraire une merveille, toutes ces veines, ces artères, ces organes tellement minutieusement articulés ! N’est-ce pas une preuve de l’existence de Dieu ?

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endirectdemontevideo @ 16 h 36 min
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