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Posté le Samedi 7 mai 2016

Il y a quelques années, j’avais créé le blog « la lettre du Moldave », avec un certain plaisir et quelques résonnances, puisqu’un livre est sorti, portant le même titre. Aujourd’hui, la Moldavie s’est éloignée, mais elle reste toutefois dans mon cœur (n’est-ce pas Dumitru Crudu ?). L’Amérique Latine est davantage présente dans mon esprit et dans mes projets. Je reviens de Montevideo et la littérature de toute cette zone sud-américaine me nourrit chaque jour. Car il ne s’agit pas seulement de Montevideo et de l’Uruguay, mais de tout un continent qui me paraît offrir aujourd’hui les perspectives les plus intéressantes. Ce blog répercutera toutes ces envies à travers textes et traductions dans différents domaines de la vie culturelle.

endirectdemontevideo @ 18 h 24 min
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diezmo

Posté le Vendredi 20 janvier 2017

Composition anonyme écrite en 1884 pour la suppression de la dîme (« diezmo ») et des honteux spéculateurs appelés « diezmeros », collecteurs d’impôts en Equateur.

Oh, mes parents ! vous nous avez entourés

de tendresse et de joie.

Mais est-ce qu’un jour la dîme

tombera dans l’oubli ?

 

En finira-t-on avec cette plaie ?

Verrons-nous la fin de l’angoisse ?

Elève, Indien, une clameur

qui fera peur à cents lieux à la ronde !

 

Que maintenant celui qui sème,

récolte ce que le maïs lui donne.

En temps et en heures avec fleurs

qu’il recueille le fruit mérité.

 

Mère, fils, frère, sœur,

nous travaillons plus que jamais ;

que celui qui a répandu sa sueur

profite de la maigre récolte.

 

Et que ne vienne plus à l’improviste

ce type à l’œil sévère avec son carnet

pour nous prendre ces stupides dix pour cent

avant même que les épis soient mûrs !

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Fernando Daquilema est un paysan qui organisa un mouvement de plus de 10 000 personnes armées de fourches  contre la dîme. Il fut emprisonné, puis fusillé le 8 avril 1872.

Le 5 novembre 2010, l’Assemblée Nationale Equatorienne, par une résolution prise à l’unanimité, le déclara héro national.

endirectdemontevideo @ 14 h 14 min
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Fabián Patinho

Posté le Jeudi 19 janvier 2017

Voici un extrait d’un pièce de Fabián Patinho : Maria ne veut pas se réveiller. La première a eu lieu le 3 avril 2014 au Théâtre des Variétés à Quito.

Maria (sur un banc dans un parc. Elle a sur les genoux un album de timbres qu’elle examine avec soin)

On dit que la jeunesse se termine quand tu ne peux plus te choisir tes amis et tes ennemis. Quand il faut quitter sa famille et commencer à en former une autre. Quand il faut passer de l’autre côté du miroir et regarder ce qu’on a laissé derrière soi, dans cet espace qui était la jeunesse.

Pour moi, la jeunesse s’est arrêtée quand j’ai commencé à me raconter des histoires à moi-même pour m’endormir. Des histoires de chevaliers avec des armures en sucre et des sourires océaniques, des chevaliers qui ne faisaient pas même pas peur aux abeilles qui te sortent par les yeux et jouent du luth à t’en faire battre le cœur. Des histoires de dragons en peluche sépia collés à tes paupières et qui se battent pour une cause juste et noble et qui vivent dans des royaumes où les fleuves sont les cheveux de la beauté qui poussent en de méandres gigantesques, qui traversent toutes les contrées, et toute cette tristesse convertie en villes aussi étendues que désolées.

Ma jeunesse s’est envolée quand je me suis rendue compte que le miroir commençait à me mentir et que la femme qui était en face de moi avait les mêmes yeux mais qu’elle ne regardait pas où je voulais voir. Elle avait les mêmes mains mais elle les tenait attachées, et de sa bouche, identique à la mienne, ne sortaient que les noms de personnes que je ne connaissais pas ou simplement dont je ne reconnaissais pas la musique.

Ne montez jamais au quatrième étage sans vous assurer qu’il y a un escalier de secours.

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endirectdemontevideo @ 17 h 18 min
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Trump

Posté le Mercredi 18 janvier 2017

Voici le début d’un article que l’on trouve dans Le Monde Diplomatique de ce mois-ci sous la signature d’Alexander Main (USA) :

« Trump ! » Lorsqu’on l’a interrogé sur son candidat préféré à la présidentielle américaine, la réponse du chef d’Etat équatorien Rafael Correa a surpris. Le milliardaire américain n’avait-il pas attaqué les migrants, promis de construire un mur à la frontière avec le Mexique pour empêcher l’arrivée « de violeurs et de trafiquants de drogue », proclamé l’urgence d’en finir avec l’«oppression » au Venezuela ou encore son intention de revenir sur la politique d’ouverture de son prédécesseur concernant Cuba ?

« Le gouvernement des Etats-Unis mène une politique qui évolue très peu et dont les effets sont quasiment les mêmes depuis toujours », observait M. Correa. Aucun changement à attendre avec M. Donald Trump donc ? Au contraire : « Il est tellement grossier qu’il va provoquer une réaction en Amérique Latine, ce qui pourrait renforcer la position des gouvernements progressistes de la région ! » (TeleSur, 29 juillet 2016)

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endirectdemontevideo @ 13 h 29 min
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Marcel Duchamp

Posté le Mardi 17 janvier 2017

On ne dira jamais assez l’importance de Marcel Duchamp chez les peintres d’aujourd’hui. Mais en Amérique du Sud, les artistes reconnaissent cette influence tout en s’en amusant. Jorge Velarde (né en 1960 à Guayaquil) a repris l’urinoir, baptisé fontaine, pour en faire une parodie. Il a même réalisé un auto-portrait sur un pot de chambre signé R.Mutt, 1917.

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Le Colombien Alvaro Barrios (né en 1945 à Cartagenes)  avait déjà peint différentes variations sur le même thème :

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endirectdemontevideo @ 16 h 02 min
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Félix Aráuz Basantes

Posté le Lundi 16 janvier 2017

Félix Aráuz Basantes (né le 2 mars 1935 à Guayaquil) est au départ un peintre naïf, ayant comme maître Cesar Andrade Faini, dont j’ai parlé la semaine dernière. En 1967, il se marie avec la sœur du peintre Juan Villafuerte et la même année il reçoit une bourse du gouvernement de l’Equateur pour voyager aux Etats-Unis et visiter les musées de New-York, Philadelphie, Washington, Chicago, San Francisco, Los Angeles et Miami. En 1987, il voyage pour la première fois en Europe et il expose à Bâle, à Bruxelles et à Paris. Il évolue alors et devient un peintre très complet aux influences multiples, mais également très personnel.

Il est aussi professeur à l’école des Beaux-Arts et il continue à travailler dans son atelier de Guayaquil.

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endirectdemontevideo @ 15 h 06 min
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Rafael Correa

Posté le Dimanche 15 janvier 2017

Il y a dix ans aujourd’hui le 15 janvier 2007, Rafael Correa était élu président de la République en Equateur. Il va bientôt quitter le pouvoir, mais il nous laisse des textes qui méritent réflexion.

Il est stupéfiant de voir que des sujets aussi fondamentaux que la pauvreté dans le monde puissent n’être qu’une affaire de plus dans la logique économique en vigueur. Par exemple, les pays qui partagent le bassin amazonien constituent le poumon du monde, et produisent un bien indispensable à la survie de l’humanité entière. Pour autant, ce bien fondamental n’étant pas susceptible d’avoir un prix monétaire, ces pays restent dans la pauvreté. Si les pays développés étaient tenus de dédommager les pays du bassin amazonien pour l’inestimable bien qu’ils produisent, échangeant la logique économique actuelle pour une logique de justice, il est probable que les sommes alors reversées suffiraient largement à éradiquer la pauvreté dans ces pays.

Malheureusement, toutes ces notions de dédommagement, de justice, de solidarité, etc., étant « normatives », ne peuvent être traitées par l’Economie, de peur qu’on ne l’accuse de ne pas être scientifique…

De la République bananière à la Non-République

 

(Texte traduit par Marion Barailles)

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endirectdemontevideo @ 13 h 55 min
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aguaïtar

Posté le Samedi 14 janvier 2017

Il est de termes utilisés en Amérique Latine que l’Espagne a progressivement oubliés. Et les Sud-Américains se demandent maintenant avec anxiété s’ils n’emploient pas de mots « vulgaires ». Il en est ainsi, par exemple, du verbe « aguaïtar », qui signifie : observer avec attention, surveiller, guetter, épier.

Certains Espagnols dénoncent même ce mot, expliquant qu’il s’agit d’une déformation de l’anglais « wait » (attendre). Il n’en est rien. Ce terme vient du catalan « guaita » qui veut dire : vigie, sentinelle. Au XVIIème siècle, il y avait un grand nombre de marins catalans sur les bateaux et ils avaient l’habitude de crier : Guaita, lors de leurs rondes nocturnes.

« Aguaïtar » est surtout employé dans les milieux populaires en Equateur, mais au Pérou il est admis dans toutes les couches de la société. Et d’ailleurs, Cezar Vallejo écrit dans un de ses poèmes les plus mystérieux :

O sin madre, sin amada, sin porfía

de agacharme a aguaitar al fondo, a puro

pulso

 

Voici d’ailleurs ce poème en français dans la traduction de Gérard de Cortanze :

S’il pleuvait cette nuit, je me retirerais

d’ici à mille ans.

Au mieux à cent pas plus.

Comme si rien ne s’était passé, je ferais

le compte de ce que je viens encore.

 

O sans mère, sans aimée, sans obstination

à me cacher pour guetter au fond, à la force pure

du poignet,

cette nuit-là, je la passerais à démêler

la fibre védique,

la laine védique de ma fin finale, fil

du diantre, trace que j’ai prise

pour des narines

à deux battants inaccordés de temps

dans une même cloche.

 

Que je fasse le compte de ma vie

ou celui du ne pas être encore né

je ne parviendrai pas à me libérer.

 

Ce ne sera pas ce qui n’est pas encore venu, mais

ce qui est arrivé et qui déjà s’en est allé,

mais ce qui est arrivé et qui déjà s’en est allé.

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endirectdemontevideo @ 14 h 24 min
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Carlos Vallejo Moncayo

Posté le Vendredi 13 janvier 2017

Carlos Vallejo Moncayo (Quito, 1973).

Il a publié les recueils En mi cuerpo no soy libre, 2002; Matrioshka, 2003; Relatos del mal soñar, 2003; Fragmento del mar, 2005; Bajo el sol de la serpiente, 2005; et La orilla transparente, 2008. Prix national de poésie Aurelio Espinoza Polit 2007

Don de la persistance

Danièle est venue un jour frapper à ma porte. Je lui ai expliqué que je

n’étais pas là.

Et elle ne m’a pas cru.

Elle est revenue avec une petite pierre qu’elle a prise dans sa poche et

m’a demandé en souriant de sortir. Je n’ai pas accepté non plus; cette fois

je lui ai dit que j’essayais d’écrire un vers. Alors, elle est partie prendre

possession de l’unique balançoire qui restait dans le parc.

J’ai soulevé légèrement le rideau pour épier la réaction de cette fille; et

à chaque balancement, elle souriait au soleil qui naissait.

Un 21 juillet 2001, vers 11 heures du soir, je suis allé la descendre

de la balançoire de la maternité d’où sortit le sanglot le plus doux qui

manquait à mon poème.

 

Séparer le blanc de la lumière

voir saigner

le transparent animal.

 

Traduction Anne-Marie Durand Kennett et Rémy Durand

Poeta Julio  Pazos Leyendo sua poesias

endirectdemontevideo @ 13 h 52 min
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La chaise du péché

Posté le Jeudi 12 janvier 2017

Il existe en ce moment en Amérique Latine du mime évangélique ! On le voit à Quito, à Asuncion et dans bien d’autres pays. On ne sait s’il faut rire ou pleurer devant tant de naïveté, mais c’est franchement d’un ridicule achevé. Par exemple, un mime ne peut soulever une valise tellement elle est lourde, il l’ouvre et dedans il y a toute une série de petits écriteaux : plaisir, argent, égoïsme, mais aussi grève, révolution, etc… Bien sûr, c’est ce qui empêche de déplacer la valise. Alors on enlève tout cela et on met à la place FOI et DIEU et la valise devient légère. Le comédien peut partir avec sous l’ovation de la foule…

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Mais la pièce qui a le plus de succès dans le genre catho, c’est « La silla del pecado », la chaise du péché. Il ne faut pas s’asseoir dessus bien sûr, mais si quelqu’un, conseillé par le diable, le fait, il ne peut plus se lever de la chaise. Alors un passant essaie bien de le tirer de là, mais rien à faire. Puis vient un sorcier et un médecin qui ne réussissent pas davantage. Heureusement un chrétien vient avec la Bible et le malheureux peut enfin se lever au grand désespoir du diable… Tout cela avec des mimes dignes des premières années en cours accéléré de formation paroissiale.

J’ai toujours pensé que le théâtre ne devait servir à rien, n’avoir aucune utilité. Pas plus pour faire une campagne contre le SIDA ou pour le préservatif. Mais là, on touche le fond du bénitier.

Il faut tout de même voir une fois ce chef-d’œuvre que le Pape devrait imposer dans tous les séminaires. Je vous propose la version la plus courte (3’50), ça vaut son pesant de cacahuètes grillées à l’encens :

 

endirectdemontevideo @ 16 h 34 min
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Ruben Dario

Posté le Mercredi 11 janvier 2017

S’il est un poète que toute l’Amérique Latine vénère, c’est bien Ruben Dario (1867-1916). Il était Nicaraguayen, mais il a beaucoup voyagé (au Chili, en Argentine, en Colombie, mais aussi en Espagne et en France où il s’installe en 1900) et il a profondément marqué la poésie par un style très personnel et hardi. Il influença de nombreux poètes de son époque.

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Le chant errant

 

Le chanteur va par le monde

souriant à l’humeur vagabonde.

 

Le chanteur va de par la terre

blanc dans la paix rouge dans la guerre.

 

Sur le dos rond de l’éléphant

il parcourt l’Inde en halucinant.

 

En baldaquin et soie fine

il entre au coeur de la Chine.

 

Le voici en automobile à Paris

en sombre gondole à Venise.

 

Dans les pampas et les plaines

sur les pouliches américaines.

 

En canot sur les fleuves du Nord

on le voit à partout à bord,

 

que ce soit en train ou en pleine mer

ou dans un sleeping-car ou sur un steamer.

 

Le dromadaire, vaisseau du désert,

le conduit jusqu’au bout des terres.

 

Il monte sur le traîneau rapide

dans la blancheur des steppes arides,

 

ou dans le silence de cristal

que nous offre l’aurore boréale.

 

Le chanteur va à pied par les prairies

par les champs et les bergeries.

 

Il entre en train à London

et à Jérusalem sur un ânon.

 

Malles et valises en quantité

le chanteur va pour l’humanité.

 

Son chant à deux ailes infinies

nommées éternité et harmonie.

 

https://www.youtube.com/watch?v=oEYAIsd7s8Y

 

 

endirectdemontevideo @ 14 h 29 min
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