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Posté le Samedi 7 mai 2016

Il y a quelques années, j’avais créé le blog « la lettre du Moldave », avec un certain plaisir et quelques résonnances, puisqu’un livre est sorti, portant le même titre. Aujourd’hui, la Moldavie s’est éloignée, mais elle reste toutefois dans mon cœur (n’est-ce pas Dumitru Crudu ?). L’Amérique Latine est davantage présente dans mon esprit et dans mes projets. Je reviens de Montevideo et la littérature de toute cette zone sud-américaine me nourrit chaque jour. Car il ne s’agit pas seulement de Montevideo et de l’Uruguay, mais de tout un continent qui me paraît offrir aujourd’hui les perspectives les plus intéressantes. Ce blog répercutera toutes ces envies à travers textes et traductions dans différents domaines de la vie culturelle.

endirectdemontevideo @ 18 h 24 min
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comprendre le Venezuela

Posté le Samedi 16 décembre 2017

Bien intéressant ce petit ouvrage intitulé « Comprendre le Venezuela » et écrit par Andrès Bansart, professeur au Chili, au Venezuela et en France. En voici un extrait significatif et éclairant sur la situation actuelle.

Sous la présidence de Rafael Caldera (1969-1973), l’expansion rapide des dépenses publiques et la distribution de bénéfices pour la population provoque une inflation galopante, du jamais vu dans le pays. C’est à cette époque que les gens des classes moyennes se rendent à Miami pour y acheter des maisons, des appartements et un tas de bricoles souvent inutiles. Dans les magasins, les Vénézuéliens se font une réputation. Lorsqu’ils voient un objet qui leur plaît, ils déclarent : « Ta’barato, dame dos » (c’est pas cher, donne m’en deux). La réalité de la rente pétrolière déborde amplement la capacité d’absorption de l’économie. Ainsi, l’argent s’échappe vers l’extérieur de diverses manières. Des jeunes d’une « certaine société » partaient pour le week-end dans les îles de Caraïbe pour s’amuser. C’est que se prépare, dans les années soixante-dix, la bourgeoisie qui doit diriger, à la fin du siècle et au début du suivant, un pays qu’eux-mêmes nomment en riant la « Venezuela Saoudite ».

Lorsqu’au début du XXIéme siècle, la Révolution Bolivarienne met en place des transformations politiques et sociales, ces jeunes des années 70-90, qui ont pu étudier gratuitement malgré les revenus élevés de leurs parents, quittent le Venezuela pour s’installer aux Etats-Unis. Le drame et le scandale de la fuite des cerveaux étaient préparés depuis longtemps par la bourgeoisie vénézuélienne.

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endirectdemontevideo @ 13 h 57 min
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Francisco Ardiles

Posté le Vendredi 15 décembre 2017

Francisco Ardiles (Carabobo, 1974) Poète et essayiste. Licencié de lettres à l’Université de Caracas. A fait des études de maîtrise en littérature et il est docteur en Etudes Culturelles à l’Université de Carabobo. Il est professeur de littérature et il écrit pour le journal de l’Université “Arturo Michelena”

Tire le rideau

et assieds-toi pour attendre

comme une veuve

pour voir

comment les gens en arrivant

salissent le sol

avec l’émiettement

de leurs paroles gratifiantes

dés qu’ils se savent sauver du tombeau

Assume ton duel avec l’ascétisme

et reçois ces poignées de main

avec résignation

pour que les jours

cessent de te meurtrir sinistrement

Il ne te reste plus qu’à régler

quelques détails

de sourire à moitié

ou à défaut de donner la main

il ne te reste plus qu’à attendre

le silence

FRANCISCO ARDILES[1]

endirectdemontevideo @ 14 h 33 min
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Ana Teresa Sosa

Posté le Jeudi 14 décembre 2017

Dramaturge vénézuélienne. Auteur de contes et de romans. Professeur d’histoire. Elle écrit aussi pour la télévision et dirige des ateliers d’écriture.

Elle a écrit en 2010 une pièce intitulée « Violento !», avec comme sous-titre Histoire d’un ange déchu, un enfant de la rue qu’on appelle aujourd’hui « los niños de la Patria »..

HOMME 1 – Un homme arrive par derrière. Il tient à la main une arme effilée, prête au crime. Le coup est violent, sur la vertèbre. S’ouvre une blessure profonde à l’estomac, une autre au cou. Le pauvre perd son sang… Un homme nous raconte que nous mourrons de faim ; discours violent, comme sa main qui glisse sur le côté, attrapant tout ce qui est à nous. Un homme crie, nous appelle tous, son mot d’ordre est la mort. Les gens sortent de leurs maisons pour biller les boutiques, les entrepôts.

HOMME 2 – Je vais leur rompre les os, déchirer leurs vêtements, crier des paroles obscènes. J’inventerai des sacrilèges, donnerai des coups de pied dans les ventres, distribuant des marrons à droite et à gauche. Je vais coudre leurs langues et rendre leurs lèvres muettes, je ferai taire tous les mots d’amour, je cracherai sur tout ce qui est sacré, je rendrai impossible toute parole de réconciliation, j’effacerai toutes les espérances humaines. Un poignard effilé, un coup direct au foi pour une mort instantanée.

AFICHE DE OBRA

 

endirectdemontevideo @ 13 h 34 min
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Ricardo Güiraldes

Posté le Mercredi 13 décembre 2017

Voici comment Valéry Larbaud rend compte dans la Nouvelle Revue Française en janvier 1926 de la parution de certains ouvrages de Ricardo Güiraldes, écrivain argentin.

Ricardo Güiraldes est mort à Paris le 8 octobre dernier, à peine âgé de quarante et un ans, et cette disparition, qui met en deuil les nombreux amis qu’il avait en France, est assurément une grande perte pour les Lettres hispano-américaines. (…)

Ce qui fait l’originalité et la valeur de Raucho, son premier roman, c’est la netteté et l’intensité avec lesquelles sont décrites les circonstances de la vie argentine, et c’est, aussi, la peinture du caractère de Raucho lui-même. Je n’ai rencontré dans aucun roman argentin une évocation aussi précise, exacte et complète, d’une estancia, du paysage qui l’entoure, et de la vie qu’on y mène. C’est déjà, sobrement dessiné, le milieu que nous verrons de si près, avec la force d’une hallucination, dans Don Segundo Sombra, et je crois même avoir découvert un prototype de ce héros désormais national, ce « Martin Fierro II » celui qui répond au Maître qui lui demande s’il pleuvra : « Hum, le temps est pensif »…

RicardoGuiraldes[1]

endirectdemontevideo @ 19 h 15 min
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Juan Sanchez Pelaez

Posté le Mardi 12 décembre 2017

C’est Juan Sanchez Pelaez (1922-2003) qui a vécu au Chili l’aventure surréaliste, qui, à partir de 1951, marque la diffusion du mouvement qui se manifeste à travers les groupes et revues Sardio (1958), Tabla redonda, Sol Cuello Cortadoet surtout El Techo de la ballena.

Persistance

A Elle, (et en réalité sans aucune limite). Avec aisance et plaisir.

A Elle, la vipère et l’abeille : la nudité précieuse.

A Elle, ma transparence, mon roucoulement incohérent, la rumeur qui monte dans les racines de ma langue.

A Elle, quand je reviens à bord d’immenses nefs du corps sauvage avec un soleil immobile.

A Elle, mon rituel de boire sur son sein parce que je veux commencer par là, dans cette direction.

A Elle, qui ouvre l’enveloppe de mes amulettes.

A Elle, qui dans la balance anonyme de la mémoire et dans les dernières heures prolonge ma présence réelle et ma présence illusoire sur la terre.

A Elle, qui d’une phrase insomniaque me laisse divaguer sur le seuil de mes lampes.

A Elle, à cause d’un vocable qui me manque et qui en même temps me donne le droit d’un bref voyage qu’elle pourrait me révéler.

Dors, mais l’oeuvre humaine c’est l’instant présent ; dans le sommeil se ferme avec fureur la grande cage.

Réveille-toi, mais ébauche dans les marges de tes sourcils l’or prometteur de ton prochain rêve.

Rejette dans la paralysie, loin de moi, les voyageurs aveugles. Là où mon visage ne marque pas les ans.

A Elle, dans l’abîme qui sépare mon amour de ma mort, quand je tombe comme du plomb sur la terre et dans un lieu où disparaît toute mon âme.

De « Filiación oscura » 1966

Juan_Sánchez_Peláez_photo_by_Ednodio_Quintero[1]

Juan Sanchez Pelaez à Paris

endirectdemontevideo @ 14 h 54 min
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Elections municipales au Venezuela

Posté le Lundi 11 décembre 2017

Plus de 300 mairies gagnées sur les 335 à pourvoir, un poste de gouverneur repris à la droite dans l’État pétrolier stratégique du Zulia. L’importante victoire du chavisme aux élections du 10 décembre 2017 confirme – comme lors des votes de juillet et d’octobre – l’abîme entre l’image martelée par les médias d’une « dictature » et une démocratie qui bat des records en matière d’élections. Ce scrutin est le 24ème en 18 ans de révolution. Le Conseil des Experts Electoraux d’Amérique Latine (CEELA)  a rappelé par la voix de son président Nicanor Moscoso que les partis de droite comme de gauche ont déclaré être satisfaits du déroulement des 9 audits préalables aux élections : Ce processus d’audit est inédit et unique dans la région. Il permet que toutes les étapes du processus, tout ce qui est programmé et tout ce qui fait partie du processus soit contrôlé par des techniciens et par les membres des différents partis politiques délégués devant le Centre National Electoral.

 

sans-titre

Avec 66,17 % des suffrages la nouvelle mairesse de Caracas, Erika Farias a été propulsée par l’électorat des grands quartiers populaires et dépasse même le score de son prédécesseur chaviste Jorge Rodriguez. Son programme vise à mettre en place dans la capitale un « grand réseau de pouvoir communal ». La droite conserve les mairies du Caracas « chic » : Chacao, Baruta, El Hatillo, ou celle de San Cristobal, à la frontière colombienne.

endirectdemontevideo @ 13 h 11 min
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Romulo Gallegos

Posté le Dimanche 10 décembre 2017

Voici un extrait d’un autre roman de Romulo Gallegos, Canaïma nous plonge dans la zone proche de la Guyane et l’auteur nous dresse de saisissants portraits des aventuriers de l’époque.

  • Que faire, l’ami ? C’est la faute du défunt qui ne s’est pas marié plus tôt avec son Indienne. Maintenant la loi protège l’héritier légitime, tout coquin soit-il. La question est réglée.
  • Pas encore, Colonel. Il y a une solution.
  • Laquelle ?
  • Marier le mort,
  • Caramba, l’ami! Vous êtes impayable. Vous me donnez presque envie de rire en présence du défunt.
  • Vous rirez plus tard à votre aise. Maintenant faites ce que je vous propose. Allez-vous tolérer que la femme et les enfants de votre chef soient sur la paille ?

    …………………………………………………

    En rentrant à El Callao, Apolonio Alcaravan riait encore à s’en décrocher les mâchoires.

  • Vous en avez de ces trouvailles, ami Marcos Vargas ! J’ai bien failli éclater quand, accroupi sous le lit, vous avez remué la tête du défunt de haut en bas pour qu’il ait l’air d’accepter Rosa Arecuna pour épouse. Ah ! Ah ! Ah ! Les témoins pouvaient être convaincus que le contractant avait toute sa tête à lui. Et maintenant, l’Indienne est mariée et bien mariée.

    Mais ce qui provoquait son hilarité, ce n’était pas tant la signature de l’acte de mariage que la signature de l’acte de vente des cent quinze bêtes paissant dans le champ, et qu’il avait obtenu de l’Indienne, qui ne s’était pas rendu compte de ce qu’elle faisait.

    Marcos Vargas ignorait ce dépouillement, c’est pourquoi il riait aussi.

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endirectdemontevideo @ 19 h 52 min
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Romulo Gallegos

Posté le Samedi 9 décembre 2017

Parue en 1929, cette oeuvre de Romulo Gallegos s’inscrit dans le courant criolliste vénézuélien et aspire à l’origine de sa création, sous le titre initial La Casa de los Cedeños, à rendre compte des luttes claniques qui caractérisent le monde rural du Venezuela à la fin du 19ème siècle. Puis le personnage de Barbara s’impose à l’auteur pour dire l’opposition entre nature et culture, barbarie et civilisation, thèmes fondateurs de la mythologie latino-américaine, lui conférant son titre définitif :

Doña Barbara.

Ce roman donna naissance à un film du même nom avec Maria Felix et à de nombreuses telenovelas notamment au Mexique.

On pouvait faire travailler Melquiadès toute l’année sans salaire pourvu qu’il fît du mal à quelqu’un. Mais dans un autre genre d’activité, pour bien récompensé qu’il fut, il s’ennuyait bien vite. L’occupation la plus innocente dont le chargeait doña Barbara était de voler des chevaux pendant la nuit.

L’opération consistait à surprendre les troupeaux endormis en pleine savane et à les poursuivre pendant la nuit, quelquefois pendant des jours et des nuits de suite, de façon à les diriger vers un faux parc dissimulé à cet effet dans la brousse. A cause de son caractère de sorcier et aussi parce qu’il avait introduit dans la région ce procédé qui simplifiait la chasse aux troupeaux sauvages, on appelait ce métier indifféremment voler de nuit ou ensorceler les chevaux.

(……..) Il s’approcha de doña Barbara sans se troubler et il lui dit : « Quand vous voudrez vous convaincre que Melquiadès Gamarra n’a pas peur d’un autre homme, vous n’avez qu’à lui dire : Ramenez-le-moi, mort ou vif. » Et il lui tourna le dos. Doña Barbara demeura pensive comme si elle essayait de faire place à un nouveau projet parmi ses sentiments tourmentés.

traduction de René L.F. Durand

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endirectdemontevideo @ 14 h 39 min
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Ramón Alirio Contreras

Posté le Vendredi 8 décembre 2017

Ramón Alirio Contreras est né en 1974 à Caracas ; il écrit des poèmes et des articles pour différents journaux.

Rue 11

à la mémoire de Salvador Allende

Il y a une rue que je n’ai jamais osé traverser

elle avait des coins invisibles

des chiens sauvages qui sortaient de nulle part

mes frères s’armaient de gourdins et de pierres

mais devant la plus petite brique tout s’écroulait

les cœurs battaient à mille à l’heure

et la respiration devenait crise d’asthme

cette rue mord la mémoire

elle exhibe ses dents comme un chien devant les jambes fragiles d’un enfant

elle a un nom étrange

que beaucoup s’obstinent à voir autrement

c’est une date de septembre

d’une année avant ma naissance

on y entend pourtant un sifflement

qui déchire l’air

et une ombre la recouvre en permanence

elle est tombée bien bas

tous se taisent en la traversant

et changent de regard

dans cette rue vont et viennent

les noms

les fusillades

les coups

les barreaux des maisons

qu’on n’ouvrira plus

dans cette rue habite

des rêves brisés et des cauchemars

l’innocence d’un homme

qui voulait croire que c’était possible

on y a défilé les mains vides

vont et viennent les affiches bâillonnées

avec des visages qui ont été

avec des noms que personne ne peut plus prononcer

mais qui restent gravés sur les murs de la rue

pour toujours dans le silence

dans la mémoire.

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endirectdemontevideo @ 15 h 53 min
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Alberto « El Chino » Rodriguez Barrera

Posté le Jeudi 7 décembre 2017

Une pièce très pessimiste d’ Alberto « El Chino » Rodriguez Barrera et qui s’intitule « Tito voulait être une femme, mais sa mère était architecte ». Un de la nouvelle génération des auteurs vénézuéliens.

Ofelia va vers lui et l’embrasse amoureusement.

OFELIA.- Je ne sais pourquoi tu fais tout cela, Tito. Tu bouscules tout. Et tu trompes tout le monde. Tu as toujours fait cela. Tu te souviens de la pauvre fille, Cascabel, elle s’appelait, n’est-ce pas ? Il n’y a que toi pour accrocher un téléviseur à ton sexe et d’effrayer la nénette en lui faisant croire que tu étais né comme ça. Et dire que je t’ai aidé cette fois-là… Mais tu me rends folle à mon tour. Tu vis pour provoquer et tout changer tout le temps…

TITO.- Non, rien ne change jamais. Ca se transforme pour quelques instants, comme varie la lumière du jour. Mais rien ne change.

OFELIA.- Tu vis entre le conflit et le désir ; avec ceux que tu aimes que ce soit ta mère, moi ou les autres…

TITO.- (prenant la bouteille qui contient le gaz sarin) C’est que je souffre entre ombres et lumières, Ofelia, avec la belle apparence du rêve d’Apollon. Ou peut-être je me soumets à la cruauté en me livrant à la volupté dionysiaque ?… Ou les deux à la fois… Laissons ces jeux stupides… (il l’embrasse avec une certaine violence et la jette sur le canapé avec rudesse)

OFELIA.- (De plus en plus excitée) Et que faire d’autre, Tito ? Nous savons tous les deux ce qu’il en est. Nous le savons bien, n’est-ce pas ?

TITO – Tu me fais rire, Ofelia ! Nous savons bien ! Nous savons bien que nous menons une vie de merde, c’est tout. Oh, combien je donnerais pour tout détruire, écraser, exploser, crever, pulvériser, éclater ce monde en miettes minuscules. (il ouvre la bouteille ; le gaz s’échappe)

chino con sombrero[1]

endirectdemontevideo @ 17 h 36 min
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