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Posté le Samedi 7 mai 2016

Il y a quelques années, j’avais créé le blog « la lettre du Moldave », avec un certain plaisir et quelques résonnances, puisqu’un livre est sorti, portant le même titre. Aujourd’hui, la Moldavie s’est éloignée, mais elle reste toutefois dans mon cœur (n’est-ce pas Dumitru Crudu ?). L’Amérique Latine est davantage présente dans mon esprit et dans mes projets. Je reviens de Montevideo et la littérature de toute cette zone sud-américaine me nourrit chaque jour. Car il ne s’agit pas seulement de Montevideo et de l’Uruguay, mais de tout un continent qui me paraît offrir aujourd’hui les perspectives les plus intéressantes. Ce blog répercutera toutes ces envies à travers textes et traductions dans différents domaines de la vie culturelle.

endirectdemontevideo @ 18 h 24 min
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Triunfo Arciniegas

Posté le Mercredi 24 mai 2017

Voilà un écrivain dont je voulais parler depuis longtemps : Triunfo Arciniegas. Connu pour ses histoires hilarantes, pour ses versions très personnelles des contes pour enfants, pour son humour satirique, tout ce qui lui sert pour remettre en cause les valeurs établies et les conventions hypocrites, il a derrière lui une œuvre pleine de surprises de qualité, mais surtout il invite ses lecteurs, petits et grands, à trouver la force provocatrice du langage. « Mon humour est un pur venin. L’humour permet de dire certaines choses, d’ouvrir les fenêtres que la pudeur maintient fermées. L’humour (et non la vulgarité de cantine) est un exercice de l’intelligence. »

La femme du mangeur de clous ne se plaint pas du travail de son mari – en fin de compte, il faut bien vivre – mais de son insistance à pénétrer chaque nuit ses blessures.

Durant l’amour, les clous avalés apparaissent sur tout le corps de l’homme et s’introduisent dans les orifices anciens et récents du corps de la femme. Elle les accepte en gémissant, et les restitue au petit matin, dans un baiser, à l’homme qui s’en va au travail.

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endirectdemontevideo @ 13 h 54 min
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Nadaïsme

Posté le Mardi 23 mai 2017

Encore un extrait de la revue NADAISMO 70 :

Qu’ils nous fassent payer en solitude et en châtiments notre effort pour garder cette puissance de l’Esprit sans laquelle nous ne saurions vivre. Peu importe, nous croyons toujours au pouvoir d’enchantement du mythe et de la fantaisie et en la merveilleuse confusion de l’espérance.

La subjectivité du siècle est mise sens dessus-dessous, le vieil ordre de l’univers est cassé, le poids des valeurs absolues a fondu. Terminée la conception spiritualiste des hommes et des choses. L’histoire est en liquidation.

Le cœur des poètes, à tant se consumer dans la passion de l’amour, peut tout aussi bien transformer les paroles en plomb.

Nous, les nadaïstes, nous sacrifions tout pour une mauvaise réputation bien méritée, puisque nous considérons que la vraie dignité en Colombie est seulement compatible avec l’anonymat ou la mauvaise réputation.

Le Nadaïsme est ouvert à tous les non-conformistes et à tous les irrévérencieux de type culturel, esthétique, social ou religieux. Nous sommes l’abjection, la gueule de bois. Nous incarnons la rébellion et la frénésie.

Je n’ai pas partagé mon pain avec les pauvres, ni ma foi avec ceux qui doutaient, ni mes conseils à ceux qui en avaient besoin. J’ai pratiqué la rare charité de partager mon dégoût avec ceux qui étaient purs et mon malheur avec les malheureux. J’ai semé le désespoir comme une peste sacrée puisque telle est la mission que m’a confiée le démon.

 

TESTAMENT DE GONZALO ARANGO

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endirectdemontevideo @ 14 h 04 min
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Journaliste

Posté le Lundi 22 mai 2017

Tiré du blog « Una hoguera para que arda Goya » :

156 journalistes assassinés en Colombie de 1977 à 2015. En 25 ans, 125 journalistes tués au Mexique. Et pourtant les pays les plus dangereux pour les journalistes sont ceux où la presse n’est pas libre. Il y a toute sorte de censures, dont le dernier échelon est l’assassinat. Carlos Mario Correa, correspondant d’El Espectador dans la période où régnait le cartel de Medellin, est le cas du journaliste clandestin qui informait depuis l’immeuble même où l’on cherchait à le tuer, puisque le chef des sicaires de Pablo Escobar y habitait. Ils se saluaient tous les matins, mais aucun d’eux ne savait qui était l’autre. Mais beaucoup n’ont pas eu cette chance. Ce fut aussi le cas de Rodolfo Walsh durant la dictature, celui d’un journalisme sans visage avec une agence de nouvelles clandestines.

Aujourd’hui comment en est-on arrivé à tuer Javier Valdez à Mexico ? Personne ne garantit plus la vie de celui qui a la mission d’informer, et il trouve des ennemis jusque dans le Gouvernement. Alors il lui reste à apprendre à se servir d’un révolver. Ce fut le même cas pour Hemingway en Espagne et pour John Reed lorsqu’il accompagnait Pancho Villa. Mais cela vaut aussi pour tout citoyen menacé par la terreur. Défendre sa vie pour continuer la lutte, au lieu de donner sa vie en estimant la bataille perdue. Les journalistes ne demandent même pas que soient respectés les droits de l’homme, ni que soit rendue la justice. La démonstration est faite que les tueurs n’ont que faire des droits de l’homme et que la justice est inexistante : seule est assurée l’impunité.

Celui qui veut faire profession de journaliste dans un contexte où il est dit et répété : « Tais-toi ou crève ! », devra savoir se défendre avant de trouver les chemins de la clandestinité pour suivre sa vocation. Il y a un temps pour tout. Un pour faire la révolution, un autre pour ne pas agir seul, un autre enfin qui laisse une place à la morsure tranchante. Car sans les journalistes qui pour ouvrir la bouche ?

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Un dessin de Joe Sacco, dont ce fut le dernier dessin de presse avant qu’il soit assassiné à Medellin.

endirectdemontevideo @ 13 h 46 min
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Gabriel García Márquez

Posté le Dimanche 21 mai 2017

C’est à Paris, en janvier 1957, que Gabriel García Márquez mit un point final à son deuxième roman : « Pas de lettre pour le colonel ». Il l’avait écrit sept fois sans être content du résultat sur la minuscule machine à écrire rouge que lui prêtait son ami Plinio Apuleyo Mendoza. Il vivait alors dans une petite chambre de l’Hotel des Flandres. Le roman fut publié en Colombie en 1958, mais sur les 2000 exemplaires édités, seuls 800 furent vendus. Heureusement l’œuvre reçut un excellent accueil de la critique et Gabo put continuer à écrire.

Le colonel se sentit amer.

-          Ce qui fait que maintenant, tout le monde sait qu’on est en train de mourir de faim, dit-il.

-          Je suis fatiguée, dit la femme. Les hommes ne se rendent pas compte des problèmes de la maison. Il y a des fois j’ai mis des pierres à bouillir pour que les voisins ne sachent pas qu’on est resté des jours sans rien avoir à mettre dans la marmite.

Le colonel se sentit offensé.

-          C’est une véritable humiliation, dit-il.

La femme sortit de la moustiquaire et se dirigea vers le hamac. « J’ai résolu d’en finir avec toutes les singeries et rêvasseries de cette maison. » Et sa voix commença à s’obscurcir de colère. « J’en ai par-dessus la tête de la résignation et de la dignité. »

Pas un muscle ne bougea chez le colonel.

-          Vingt ans à attendre le père Noël qu’on te promettait pour après chaque élection, et de tout ça il ne nous reste qu’un fils mort. Rien qu’un fils mort !

Le colonel était habitué à ce genre de récriminations.

-          Nous faisons notre devoir, dit-il.

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endirectdemontevideo @ 16 h 47 min
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El Chocó

Posté le Samedi 20 mai 2017

La région du Chocó est la partie de la Colombie qui touche à la fois à l’océan Pacifique et à l’océan Atlantique. Limitrophe avec le Panama, c’est une des régions les plus arrosées de la planète. Mais elle héberge une faune et une flore exceptionnelle. Au large on y voit souvent passer les baleines. Plusieurs espèces de singes, en disparition dans d’autres pays, se développent régulièrement. On a recensé aussi plus de 1800 espèces d’oiseaux, soit 20% de toutes les espèces sur un territoire qui ne fait que 1% de la planète. Les orchidées les plus belles et les plus rares sont présentes dans cette vallée.

On y trouve aussi la grenouille la plus vénéneuse du monde. Le poison d’une seule grenouille dorée colombienne peut tuer jusqu’à 140 personnes. Son venin cause des convulsions, la paralysie et très rapidement la mort, et aucun contrepoison n’a une réelle efficacité. Elle est de couleur jaune et les indigènes se servent de son venin pour transformer leurs sarbacanes en armes mortelles. Pour ce faire, ils bloquent la grenouille avec une branche coudée et ils promènent simplement le bout de leurs flèches sur le dos de la bête. Le poison ainsi recueilli a une efficacité qui peut durer deux ans.

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endirectdemontevideo @ 15 h 25 min
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Marisol Bohórquez Godoy

Posté le Vendredi 19 mai 2017

Voilà une jeune femme, née en 1982 à Santa-Maria en Colombie qui écrit des poèmes absolument captivants au sens premier du terme. Elle est déjà présente dans de nombreuses anthologies et ses micro-fictions ont été publiées en Espagne. Elle est pourtant ingénieur industriel.

LE POEME IMPOSSIBLE A ECRIRE

Je fus témoin de la guerre avant ma naissance

Moi j’étais un bout de viande qui voulait battre

dans un ventre guetté par l’angoisse

 

Nous avons résisté à cet appétit de violence

la pluie effaça le silence que laissent les balles

nous lavons nos cauchemars dans des fleuves couleur de sang

et nous mordons l’obscurité faite de cendre

pour affronter la peur d’un nouveau jour

en attendant la mort

 

Nous avons vu les mères pleurer leurs fils

et des épouses éclipser le jour de leurs habits de deuil

Nous nous entêtons chaque nuit à demander la protection de dieux

qui ne se sont jamais montrés

et nous jetons nos rêves sous la porte d’entrée

 

Un fer à cheval porte-bonheur

fut la victime bénie d’une balle perdue

c’est ainsi que je peux encore croire en l’avenir

 

Je vis la guerre avant ma naissance

j’ai entendu les pleurs de ma mère

et les coups au cœur de mon père

bien avant le chant des berceuses

 

Je vis l’oranger aigre pleurer sur ses oranges pourries

et servir de refuge à ceux qui sous ses branches

ont essayé d’effacer l’infernale mémoire

 

Et on me demande à moi : pourquoi tu n’écris pas des poèmes sur la guerre ?

A moi, qui encore aujourd’hui essaye de faire taire toutes ces voix dans mes songes

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endirectdemontevideo @ 13 h 48 min
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teatro candelaria

Posté le Jeudi 18 mai 2017

En 1978, le théâtre de la Candelaria monta à Bogota une adaptation du livre de John Reed « Les dix jours qui ébranlèrent le monde ». Ce fut une création collective sous l’impulsion de Santiago Garcia. Très fidèle au texte initial, la pièce raconte les événements qui ont amené les bolchéviques au pouvoir. Mais l’intérêt de cette création vient de la façon dont les acteurs ont travaillé, en y évoquant même leurs désaccords. Ainsi on trouve dans le prologue cette tirade du narrateur :

Je dois… je dois le confesser… il y a eu des difficultés, des conflits entre… les comédiens… quelques comédiens… et la direction du théâtre… mais nous avons su nous sortir de quelques mauvais pas et nous sommes prêts à présenter cette œuvre… d’art (roulements de tambour) quasiment terminée.

Mon intention… pardon, notre intention est de porter une vision objective, OBJECTIVE… sur la Révolution d’Octobre… Pas trop à gauche –comme ce fut l’intention de quelques-uns- et pas trop à droite –comme ce fut l’intention de… personne. Juste le juste fléau de la balance…

Il s’agit d’un débat permanent entre les acteurs, ainsi on trouve.

Délégué – Comment se fait-il que les bolchéviques n’ont pas été invités à cette réunion ?

Narrateur – Nous ne pouvons pas lire leur texte. Ce serait trop long.

Délégué – Mais hier, à la répétition, il était bien prévu qu’ils soient là !

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Juan Rulfo

Posté le Mercredi 17 mai 2017

Le 16 mai 1917 naissait à Acapulco Juan Rulfo,
le grand prosateur mexicain. Pourtant il ne laissa qu’un livre de contes El llano en llamas (1953), et un seul roman Pedro Páramo (1955) dont voici un extrait dans la traduction de Roger Lescot :

-          Bonsoir, me dit-elle.

Je la suivis du regard. Je criai :

-          Où habite doña Eduviges ?

Elle pointa le doigt :

-          Là-bas. La maison à côté du pont.

Je me rendis compte que sa voix avait un timbre humain, que sa bouche avait des dents, une langue qui se liait et se déliait en parlant, et que ses yeux étaient comme tous ceux des gens qui vivent sur terre.

La nuit était tombée.

Elle me dit encore bonsoir, et, bien qu’il n’y eût ni enfants en train de jouer, ni colombes, ni toits bleus, je sentis que le village vivait.

Si j’entendais seulement le silence, c’était que je n’étais pas encore habitué au silence ; c’était peut-être parce que ma tête était restée pleine de bruits et de voix.

Des voix, oui. Ici, où l’air était rare, elles se faisaient mieux entendre. Elles s’attardaient en dedans, lourdes. Je me rappelai ce que m’avait dit ma mère : « Là-bas, tu m’entendras mieux. Je serai plus près de toi. La voix de mes souvenirs te paraîtra plus proche que celle de ma mort, si tant est que la mort ait jamais eu une voix. » Ma mère… La vivante.

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endirectdemontevideo @ 14 h 23 min
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nadaismo

Posté le Mardi 16 mai 2017

Extraits de la revue NADAISMO 70 :

Un livre ne se fait pas avec l’intelligence, ni avec un supplément d’âme, ni avec ces dons métaphysiques qui sont chers à certains esprits idéalistes ; un livre authentique s’écrit avec le corps et avec ce qu’il y a en lui : la sueur, le poil, la respiration, l’amour physique, les intestins, les chaussures usées, les cellules grises, la souffrance, les extases, l’espérance et le désespoir et, après tout cela, les envies d’uriner qui surprennent le saint au milieu de son oraison et l’écrivain dans l’absurde et angoissante montée vers l’enfer de la beauté.

Gonzalo Arango

La seule chose qui me différencie des véritables saints, c’est qu’eux se considèrent chaque jour plus indignes de la sainteté alors que moi je me considère chaque jour comme un vrai saint.

Eduardo Escobar

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endirectdemontevideo @ 13 h 09 min
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Daniel Ferreira

Posté le Lundi 15 mai 2017

Dans son blog « Una hoguera para que arda Goya », Daniel Ferreira se demande devant la liste de 39 écrivains colombiens sur quels critères ils ont été choisis.

Vila-Matas classe parfois les écrivains entre ceux qui arrêtent d’écrire et les autres. Piglia les classe ainsi dans son journal : ceux qui arrivent à terminer une œuvre et ceux qui n’y arrivent pas. Ces derniers pouvant mettre en péril le devenir d’une littérature nationale. Curieux paradoxe de penser que la littérature nationale dépend de grandes œuvres accomplies. Ou bien est-ce tout simplement que ce sont seulement celles-là qui subsistent parce que les autres n’arrivent pas au bout ? Natalia Ginzburg, qui fut éditrice avant de devenir écrivain, fait une distinction entre le masculin et le féminin. Une discrimination d’une telle nature nous oblige à classer aussi par la couleur des yeux, la taille des seins, c’est dire par des critères extralittéraires, et met de côté ce qu’il y a de plus important : les œuvres. Borges considérait que placer un livre sur une étagère, c’était déjà exercer la critique littéraire. Suivant les époques, on a classé les auteurs entre ceux qui écrivaient des romans noirs ou non, des contes fantastiques ou non, entre ceux qui plaisaient à l’empereur et ceux qui lui déplaisaient. Quand on se fixe sur un genre, tous les autres disparaissent. Félix Romeo, le parrain de la culture espagnole des années 90, les classait différemment : ceux qui aimaient se baigner et ceux qui n’aimaient pas, ceux qui supportaient le club de Saragosse et ceux qui suivaient le Real Madrid. Il faisait une différence entre ceux qui possédaient une piscine ou non. Mais il appréciait aussi lire des auteurs anti-marins comme Susan Sontag ou Thomas Bernhard qui n’aimaient pas se baigner.

Les classements, quels qu’ils soient, au lieu d’intégrer, désintègrent. Ils tentent d’ordonner un univers de formes anarchiques au travers de tendances et de catégories. Quand tu fais une liste, tu éludes la totalité. Tu utilises des filtres. Par pays, par âge, par sexe. Et tout cela est arbitraire. Si tu parles d’écrivains mineurs, tu penses aussitôt à des jeunes auteurs qui ne sont pas encore reconnus. Mais là encore, c’est une erreur. On ne peut fixer l’âge maximum de la réussite…

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endirectdemontevideo @ 19 h 16 min
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