endirectdemontevideo

Posté le Samedi 7 mai 2016

Il y a quelques années, j’avais créé le blog « la lettre du Moldave », avec un certain plaisir et quelques résonnances, puisqu’un livre est sorti, portant le même titre. Aujourd’hui, la Moldavie s’est éloignée, mais elle reste toutefois dans mon cœur (n’est-ce pas Dumitru Crudu ?). L’Amérique Latine est davantage présente dans mon esprit et dans mes projets. Je reviens de Montevideo et la littérature de toute cette zone sud-américaine me nourrit chaque jour. Car il ne s’agit pas seulement de Montevideo et de l’Uruguay, mais de tout un continent qui me paraît offrir aujourd’hui les perspectives les plus intéressantes. Ce blog répercutera toutes ces envies à travers textes et traductions dans différents domaines de la vie culturelle.

endirectdemontevideo @ 18 h 24 min
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Estefania Angueyra

Posté le Vendredi 18 août 2017

Voici un exemple de la nouvelle poésie colombienne en la personne de Estefania Angueyra (Bogota, 1992) :

Etude sur quatre prunes

 

Dix-sept jeunes hommes

sont assis autour d’une table

sur laquelle sont posés quatre prunes

 

Tous écrivent sur elles

sans les regarder

 

Pour certains poètes

les objets servent seulement

pour leur pouvoir évocateur

 

Quelle importance

ces taches violettes ici et là,

taches immobiles et opaques ?

 

Ah, s’il n’y en avait que trois

nous pourrions au moins parler

de la trinité divine

 

Mes amis, regardez !

Je viens de mordre dans un de ces fruits !

Maintenant vous pouvez ajouter à votre poème

une métaphore sur la viande.

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endirectdemontevideo @ 12 h 56 min
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teatro Matacandelas

Posté le Jeudi 17 août 2017

Théâtre Matacandelas, suite. Voici un article écrit par Cristobal Pelaez, il y a déjà quelques années, mais qui définit assez bien la nouvelle vague du théâtre en Colombie.

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Je dois dire que mes prédécesseurs m’ont tout transmis, mais moi je n’ai pas envie de transmettre quoique ce soit. Je ne suis pas curé, ni gourou, et je ne porte aucune croix. Je déclare publiquement que je fais du théâtre pour me détacher de tout ce que je déteste, pour marquer un territoire : le théâtre est entouré de frontières, c’est une zone de délimitation.

Sur ce terrain, je n’ai aucune intention de créer une troupe pour qu’elle se perpétue. J’ai dit aux jeunes du groupe, qu’une fois mort, peu m’importe si le Théâtre Matacandelas continue ou pas, parce que je ne base pas mon existence et ma passion dans l’idée qu’un jour il existera un « Auditorium Cristobal Pelaez », non merci, ça ne m’intéresse pas. Je ne veux pas servir de modèle. Tout ce que j’ai fait, c’était pour arracher le corps au travail, qui est une chose horrible. L’exercice du théâtre a été pour moi une façon camouflée de pratiquer l’hippisme.

Plus que transmettre un métier de façon pédagogique, ce qui m’intéresse c’est de provoquer et de contaminer. De toutes les sortes de théâtre, ce que nous voulons appeler théâtre continue d’être le patrimoine des acteurs. Les conversations sur le théâtre ne pas le théâtre, les enseignements sur le théâtre non plus. Même les œuvres dramatiques écrites et publiées ne sont pas du théâtre. Le théâtre, comme on l’a déjà dit, c’est ce qu’il se passe sur scène entre deux obscurités. Cette dynamique entre les acteurs et le public.

L’important dans la formation de l’acteur est ce contact permanent avec la scène, et non avec les groupes, les amis, ni les déclarations à la presse.

Par sa nature tellement spéciale, par son organicité, l’acteur est un animal si étrange (comme peut l’être le poète) que souvent il ne sait pas ce qu’il sait, mais qu’il fait. Peut-être qu’il n’est pas ce qu’on a l’habitude d’appeler une personne très structurée, souvent il ne veut pas vivre au fil du discours, il n’est pas nécessairement un être dominé par le rationnel. C’est un illuminé, qui toujours nous transmettra sa connaissance charnelle du monde.

 

endirectdemontevideo @ 14 h 49 min
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Alvaro Mutis

Posté le Mercredi 16 août 2017

On a dit de “Caravansary” (1982) qu’il s’agissait d’un « poemario – fotograma », signifiant par là que les textes d’Alvaro Mutis ne sont pas liés par un tronc commun, mais qu’ils se suivent comme une séquence cinématographique.

Chaque fois que sort le roi de cœur il faut retourner aux fours pour les alimenter et maintenir constante la température des chaudières.

Chaque fois que sort l’as de carreau, le miel de canne commence à danser et à bouillonner en répandant un parfum sans pareil qui réunit dans sa douceur extrême les plus secrètes essences de la montagne et la fraîche, la paisible vapeur des ruisseaux.

Le miel est prêt ! Le miracle de sa transmutation joyeuse est annoncé par l’as de trèfle.

Mais si l’as de pique sort, alors c’est le signe qu’un chauffeur va mourir, enseveli et dévoré par le miel brûlant comme par un bronze liquide et vorace versé dans la blanche cire de l’épouvante.

Dans le petit matin des champs de canne, on distribue les cartes au milieu du plain-chant des grillons et du fracas des eaux qui tombent sur la roue du moulin.

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endirectdemontevideo @ 15 h 01 min
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Manuel Zapata Olivella

Posté le Mardi 15 août 2017

Publié initialement en 1983, Chango, el gran putas est le premier livre qui prend en compte la littérature afro-colombienne. Il raconte notamment la capture des esclaves en Afrique et l’effrayant voyage vers l’Amérique. Les esclaves sont enchaînés jours et nuits; le matin on jette les morts à la mer.

Les poux sautaient d’un corps à l’autre sans que nous puissions les attraper avec nos mains enchaînées. Les rats couraient et réussissaient à se cacher dans les trous, mais nous savions qu’ils nous observaient pour nous attaquer. Une nuit, un enfant fut mordu cruellement au pied pendant qu’il dormait dans les bras de sa mère. Les petites fourmis toujours renversent les éléphants.

Les cafards sont plus craintifs. Ils savent que nous pouvons les écraser avec le coude ou le pied. Ils apparaissent dans les coins fuyant l’eau qui s’infiltre par les rainures de la sentine. Les pleurs de l’enfant me réveillèrent. Forçant sur les mains et les pieds, je me redressai jusqu’à frapper le toit avec la tête. Jamais je ne m’étais senti aussi grand et libre ! Ombre déguisée en ombre, animal, zombi, esprit chargé de la pluie, mes mouvements ont averti les autres qui écoutèrent les coups que je frappais dans l’obscurité. Je m’arrêtai, vacillant, ne sachant si j’arriverai à la lucarne grillagée sans être vu par la ronde. Je voulais récupérer l’eau de pluie pour soigner l’enfant. Je voyais les autres avoir peur pour moi. Les étoiles semblaient barboter dans la mer. Je déchirai un bout de ma chemise et réussis à le tremper dans l’eau. Je mis le tissu humide sur les lèvres de l’enfant et il suça le chiffon avec plus de force que le sein de sa mère.

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endirectdemontevideo @ 15 h 26 min
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Umberto Giangrandi

Posté le Lundi 14 août 2017

Umberto
Giangrandi
(Pontedera, Italie, 1943). Peintre,
dessinateur, graveur et photographe. Il est né en Toscane, mais dès l’âge de 22 ans, il décida de venir vivre
et travailler en Colombie. Il se lia notamment avec le mouvement Nadaismo et il
développa un art très personnel, mais très impliqué dans les luttes politiques
de l’Amérique Latine. Il eut une part très importante dans le développement de
l’art graphique en Colombie. Il ouvrit également de nombreux ateliers et fut
directeur de l’Académie Supérieure des Arts de Bogota de 2001 à 2004.

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Violencia en Colombia

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Manifestacion estudiantil

endirectdemontevideo @ 14 h 17 min
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Gabriel Garcia Marquez

Posté le Dimanche 13 août 2017

Dans ses années d’apprentissage, en 1951 (il avait 23 ans) Gabriel Garcia Marquez écrivit un recueil de contes assez imprégnés par l’étrange et l’onirisme. Notamment cette nouvelle intitulée « Nabo, le nègre qui fit attendre les anges ». Il s’agit d’un garçon d’écurie qui a reçu un coup de pied d’un cheval et que les anges attendent pour qu’il fasse partie d’une chorale céleste parce qu’il a une belle voix. Mais lui ne se résigne pas à mourir; il les fera attendre quinze ans.

Nabo était à plat ventre sur l’herbe fanée. Il sentait l’urine de l’étable pénétrer son corps. Il sentait sur la peau noire et brillante la chaleur tiède des derniers chevaux. C’était comme s’il était resté endormi depuis ce coup de sabot à la face et maintenant il ne sentait plus rien. Juste l’odeur de l’étable humide et l’innombrable fourmillement des insectes invisibles dans l’herbe. Il ouvrit les yeux. Et les referma aussitôt pour rester ainsi en s’étirant, comme il était resté toute la soirée, ne voyant pas le temps passer, jusqu’à ce que quelqu’un dise dans son dos : « Allez, Nabo, tu as assez dormi ». Il se retourna et ne vit plus les chevaux, mais la porte fermée. Nabo s’imagina que les chevaux étaient dans un autre endroit, mais il était surpris de ne pas les entendre remuer. Il imagina que quelqu’un lui parlait depuis l’intérieur de l’écurie fermée par la barre. Une seconde fois, il entendit la voix derrière lui : « C’est vrai, Nabo, tu as assez dormi. Cela fait trois jours que tu dors… » C’est seulement à ce moment-là qu’il ouvrit complètement les yeux et qu’il se souvint : « Je suis ici parce que j’ai reçu un coup de sabot ».

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endirectdemontevideo @ 14 h 28 min
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Aristides Vargas

Posté le Samedi 12 août 2017

Aristides Vargas est né en Argentine, mais il fait partie de la scène équatorienne et d’ailleurs il apparaît dans les anthologies de dramaturgie à la page Equateur. Il a écrit notamment quatre pièces réunies sous le titre de « Théâtre absent ». Notre Dame des Nuages est la première de ce recueil. En voici le début :

 

La pièce raconte les rencontres successives entre Oscar y Bruna, deux exilés qui, dans une période non précisée, se voient en différents endroits et se souviennent d’épisodes de leurs vies dans un village appelé Notre Dame des Nuages.

SCENE I

Première rencontre entre Bruna y Oscar.

BRUNA: Il me semble avoir vu votre tête quelque part.

OSCAR: Impossible, ma tête se balade toujours avec moi.

BRUNA: Et vous faites quoi?

OSCAR: (Pause) Je regarde les oiseaux.

BRUNA: Empaillés?

OSCAR: Comment?

BRUNA: Rien, mais dans mon pays les oiseaux deviennent fous à six heures du matin comme si un professeur de chant détraqué par le silence leur tirait la queue.

OSCAR: Dans mon pays, ce sont les maris qui frappent leurs femmes.

BRUNA: (Pause) Dans le mien aussi et, à chaque fois, après quarante coups de poing, ils font preuve d’une extrême gentillesse et emmènent leurs épouses au cinéma voir un film muet en noir et blanc.

Pause.

OSCAR: Pardon, mais de quel pays êtes-vous?

BRUNA: De Notre Dame des Nuages.

OSCAR: Ah! Moi aussi, je suis de là-bas.

BRUNA: ¿De Notre Dame des Nuages?

OSCAR: Ouí.

BRUNA: Et comment se fait-il que je ne vous ai jamais vu?

OSCAR: C’est que moi, je ne sors jamais la nuit.

BRUNA: (Pause) Mais vous n’avez pas d’accent.

OSCAR: L’accent est quelque chose qui se perd très facilement.

BRUNA: Comme la virginité.

OSCAR: Pardon ¿ Vous l’avez perdue?

BRUNA: Non, je l’ai égarée.

OSCAR: Vous n’avez pas mis une annonce dans les journaux?

BRUNA: Pas la peine, un professeur de littérature l’a retrouvée.

OSCAR: Pas possible!

BRUNA: Si, il s’appelait… Comment qu’il s’appelle déjà? Il vivait à côté de la place… Il a été de nombreuses années dans le collège. Il aimait représenter les personnages de la Littérature Universelle.

OSCAR: Un classique.

BRUNA: Un classique du tripotage.

OSCAR: ¿Un classique tactile?

BRUNA: Un dégénéré qui utilisait le Braille pour connaître l’anatomie de ses élèves.

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endirectdemontevideo @ 13 h 21 min
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Alvaro Mutis

Posté le Vendredi 11 août 2017

Lorsqu’en 1953 il publie Les Eléments du désastre, dans la prestigieuse maison d’édition Losada de Buenos-Aires, Mutis avait déjà mis au point son étrange univers poétique : un vers chargé de vie et de mort, de mer et de montagne, de pluie et de sécheresse, où la chair pleure, une poésie où bat le cœur du monde. (Eduardo Garcia Aguilar)

Elle n’attend pas que nous soyons complètement réveillés. Dans le fracas de deux camions qui traversent le village sans ralentir s’insinue, passé minuit, la lointaine musique d’un vieux phono qui, lente, insistante, nous ramènent aux années de soudaines sueurs et d’âcre haleine, au temps des bains tout le long du jour dans la rivière torrentielle et glacée qui court entre les hautes murailles des montagnes. Brusquement la musique se tait pour ne laisser que le bourdonnement d’un gros et doux insecte qui se débat dans sa rauque agonie, jusqu’à ce l’aube le terrasse par traîtrise.

………………………………………………………………………………………………………………………………………………

Il faut surprendre l’énergie tranquille des grands fleuves aux eaux opaques qui répandent leur substance dans les étendues marécageuses de la forêt, où se reproduisent les poissons les plus voraces, les serpents les plus délicats et les plus doux. C’est là que va nu un peuple de grandes femmes au dos soyeux, aux dents bien plantées et solides pour mordre le roc dur du jour.

traduction de François Maspero

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endirectdemontevideo @ 14 h 09 min
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Teatro Matacandelas

Posté le Jeudi 10 août 2017

Le théâtre Matacandelas de Medellin offre aujourd’hui encore une programmation exigeante et abondante. Ses directeurs se sont remis en question depuis plus de trente ans. Voici par exemple ce qu’écrivait Cristóbal
Peláez González en 1998 :

C’est le drame le plus terrible de l’acteur quand il termine en reconnaissant ses échecs, faute de moyens, de chance. L’anonymat est une tragédie pour un exhibitionniste.

Le combat pour conserver et développer une passion et une éthique, est actuellement un duel à mort. La maturité représente simplement la perte de l’innocence.

Comme dans certains métiers, il devrait exister un CODE D’HONNEUR DU THEATRE qui interdirait :

-          Les bas noirs

-          les chaussures chinoises

-          les cache-sexes

-          les écharpes

-          les personnages allégoriques (« la violence », « Le monde », « La nature »)

-          les lunettes noires

-          les gabardines

-          le Langage Académique

-          les écoles de théâtre tenues par les prestigieux acteurs de la télévision

-          la voix du narrateur

-          les personnages maquillés moitié en blanc, moitié en noir

-          les mimes imitateurs

-          les mimes tireurs de cordes

-          les mimes qui palpent le verre

-          les mimes avec des fleurs

-          les mimes qui sourient galamment à des femmes en leur offrant un poème

-          les mimes avec une larme peinte sur la joue

-          les directeurs tenaces qui font de tenaces expériences

-          les actrices de télévision qui répondent à la question de savoir comment s’est passé le tournage : « Super. Plus qu’une équipe nous étions une famille » (Cette réponse mérite même la prison)

-          les changements de scènes avec rideau en musique et lumière tamisée

-          les acteurs qui sortent de scène avec la chaise où ils viennent de s’asseoir

-          les acteurs qui pensent qu’ils sentent beaucoup la sueur

-          les textes pleins de lyrisme (ex : Oh, nuit qui épure ma chair tremblante d’amour, viens jusqu’à moi, désireuse comme un papillon… etc)

-          l’invasion de textes incohérents (ex : Je t’aime avec amour-haine, haine-rancœur, rancœur-rancœur, mercredi, cauchemar d’amour, rencontre sans rencontre… etc)

-          les festivals pour se sentir bien

-          le vaginisme scénique

-          les intervalles musicaux avec la musique de Carmina Burana

-          les personnages qui sortent par l’entrée du public

-          les vieux thèmes, les vieilles recettes qui montrent un téléviseur sur scène pour faire une œuvre post-moderne

-          les théâtres brésiliens dans les festivals où les personnages parlent en chantant

-          les théâtres argentins qui ont déjà tout inventé (et les espagnols !)

-          les troupes de théâtre qui sont sorties trois fois du pays et qui parlent de tournées internationales

-          les théâtres qui font 30 représentations dans l’année et qui parlent de 120

-          les théâtres qui annoncent qu’ils reprennent un spectacle « à la demande du public »

-          les acteurs qui désertent à la douzième représentation

-          les hommes de théâtre très créatifs (il n’y a pas de personnes créatives, seulement de la discipline et du travail)

-          les évidences

-          les conteurs qui refont les soirées étudiantes des années 70

-          les contes aux fins insolites

-          les acteurs de rue qui prie les spectateurs d’« oublier leur tristesse »

-          le théâtre comme sauveur social

-          l’acteur qui ne se peigne pas pour entrer en scène

-          les forums

-          les metteurs en scène qui présentent leur œuvre au public et parlent d’ « un processus très complexe demandant une énorme implication »

-          les troupes qui s’obstinent à monter des œuvres pour les festivals

-          l’atmosphère étouffante des festivals

-          les danses pendant le festival

-          les acteurs qui considèrent que le théâtre est l’arrière-salle du cinéma et ou de la télévision

-          les comédiens qui croient que le public des enfants et un public puéril

-          les spectacles pour enfants avec petits nuages et personnages niais

-          toutes les œuvres de Dario Fo

-          les modes (Beckett, Muller, Kantor)

-          les acteurs qui paniquent parce qu’on ne se bouscule pas à la billetterie

-          le théâtre pour plaire

-          les acteurs qui pensent qu’ils ne sont pas arrivé au succès parce qu’ils n’ont pas rencontré un bon metteur en scène. Et inversement

-          les personnages de duchesses, comtesses et marquises

-          ceux qui cachent leur médiocrité sous le manque de moyens

-          ceux qui s’éternisent à monter « les œuvres maîtresses »

-          le manque de pudeur

-          les théâtres qui annulent pour des raisons techniques

-          les directeurs qui se posent comme directeurs

-          les directeurs qui ont une tête de directeur

-          les directeurs qui s’assoient pour regarder une scène, portent la main à la joue et observent très concentrés avec des yeux d’expert

-          les répétitions avec crises d’énervement

-          les hystéries des premières

-          la phrase fameuse : « dans cette pièce la Lumière est vraiment le personnage »

 

En revanche le CODE D’HONNEUR pourrait exiger :

-          La sobriété

-          le Vide

-          le mystère

-          le silence

-          le verbe comme action

-          le calme

-          la métonymie

-          l’obscurité

-          l’irrégularité

-          l’ivresse des sens

-          l’étrange

-          la magie

-          la sorcellerie

-          l’émotion

-          la pataphysique

-          l’irréel

-          l’invraisemblable

-          l’unique

-          l’exception

-          l’ambigüe

 

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endirectdemontevideo @ 15 h 29 min
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Felipe Ardila

Posté le Mercredi 9 août 2017

Voici un micro-récit de l’écrivain colombien Felipe Ardila :

Rencontre hasardeuse dans un bas-fond.

L’air était lourd de bouffées ivres. La porte du bistrot vomit deux hommes qui se lançaient des insultes. Les curieux commençaient à former un cercle. A mesure que montait le ton de la dispute, l’arène se refermait autour d’eux. Ils vociféraient. Et les poings ont commencé à cogner. Un mime paria avec un étudiant en architecture que le brun allait gagner. Un des hommes tomba sur le pavé, la mâchoire cassée. Du cercle, quelqu’un jeta un couteau qui brillait comme un poisson sorti de l’eau. Celui qui était debout s’en saisit. L’autre attendait sur le sol, sans défense. L’homme au couteau regarda autour de lui.

Il fut encore temps pour un pari, entre un acteur de théâtre et un travesti : au moins trois coups de couteau.

L’homme prit le couteau à deux mains et, de toutes ses forces, fit en sorte que la lame acérée pénètre la chair dure et sale de l’asphalte. Ensuite, il tendit sa main pour relever son adversaire. Avec un regard  méprisant pour la foule, ils s’éloignèrent tranquillement le long de cette rue qui n’en finissait pas.

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endirectdemontevideo @ 13 h 31 min
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