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Posté le Samedi 7 mai 2016

Il y a quelques années, j’avais créé le blog « la lettre du Moldave », avec un certain plaisir et quelques résonnances, puisqu’un livre est sorti, portant le même titre. Aujourd’hui, la Moldavie s’est éloignée, mais elle reste toutefois dans mon cœur (n’est-ce pas Dumitru Crudu ?). L’Amérique Latine est davantage présente dans mon esprit et dans mes projets. Je reviens de Montevideo et la littérature de toute cette zone sud-américaine me nourrit chaque jour. Car il ne s’agit pas seulement de Montevideo et de l’Uruguay, mais de tout un continent qui me paraît offrir aujourd’hui les perspectives les plus intéressantes. Ce blog répercutera toutes ces envies à travers textes et traductions dans différents domaines de la vie culturelle.

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Théâtre Matacandelas

Posté le Jeudi 30 mars 2017

En Colombie, il existe un théâtre qui mène depuis des années une réflexion assez aigue sur le théâtre et la façon d’y travailler. Voici un texte un peu long, mais qui pose bien la problématique de l’art théâtral, et pas seulement en Colombie.

Sur l’affreux terme de « théâtreux »

par Javier Jurado & Cristóbal Peláez G.

            Un mot désastreux passe dans l’argot de la profession : « théâtreux ». Que désigne-t-il? Apparemment un dilettantisme et un mélange de fonctions qui se traduit par une pratique assumée globalement, mais pas de manière spécifique. Un scénographe, par exemple, est un spécialiste de l’espace, de la même manière qu’un technicien-lumières est, et doit être, essentiellement un peintre. Désigner ces deux spécialistes par le terme « théâtreux » leur confère un caractère vague.

Les Allemands aiment joindre à l’étude de l’art dramatique le nom de « sciences du théâtre », en séparant ses composants en architecture, éclairage, jeu, écriture, scénographie, musique, critique et mise en scène. Le théâtre comme exercice multidisciplinaire; pourtant le théâtre sera essentiellement l’art de l’acteur.

Le terme « théâtreux » est connoté péjorativement dans une pratique comme la nôtre, où il n’y a pas de délimitation : les comédiens s’improvisent metteurs en scène, les metteurs en scène s’improvisent dramaturges; les techniciens se mêlent du jeu, et, de manière confuse, on découvre une façon de faire où la production, l’administration et la mise en scène sont en fin de compte une même chose.

Pour un jeune désireux de connaître et jusqu’à ce qu’il arrive à maîtriser la technique théâtrale, les écoles ne peuvent lui offrir autre chose que d’aspirer à devenir acteur. Et aussi quand on offre à ce jeune, après cinq ans, un entraînement il doit finalement se contenter de montrer son diplôme sans aucune possibilité de pratiquer son art. Il n’y a pas d’alternatives, pas de « bourse du travail » et sa profession n’est pas considérée comme un réel métier.

Il y a, pourtant, quelques lézardes informelles où le diplômé en théâtre peut trouver, s’il joue des coudes, un champ d’action : invitations occasionnelles (ad honorem) à participer à quelque montage, heures pédagogiques d’une certaine envergure, contrats sporadiques pour certains événements officiels, apparitions exceptionnelles à la télévision, et pour finir, incursions aussitôt que par hasard il est engagé comme THEATREUX, c’est-à-dire PROFESSIONNEL DU BRICOLAGE.

Mais soyons plus critique : la confusion devant un travail ambigüe et sans perspective a révélé une tendance terrible qui prédomine aujourd’hui dans la nature même de nos écoles de théâtre, c’est le confinement de la même formation théâtrale dans une sorte d’emphase marquée par l’autoreproduction. Cela veut dire que les écoles se sont spécialisées à former à perpétuité non pas leurs élèves, mais leurs relèves. Aujourd’hui l’ambition de tout étudiant de théâtre est de devenir non pas un acteur, mais un futur professeur. La liste de ceux qui attendent qu’un professeur prenne sa retraite est accablante.

A ce rythme, notre pédagogie sera surchargée de « théâtreux » n’ayant jamais mis un pied sur la scène. Ils seront les responsables d’une nouvelle génération. (Est-ce que vous monteriez dans un avion en sachant que le pilote à zéro heure de vol?) Il n’existe pas de statistiques, mais à vol d’oiseau on peut présumer qu’actuellement dans Medellin il y a dix professeurs pour un élève. Et nous savons bien que le théâtre ce n’est ni un enseignement, ni des livres, ni des dramaturgies, ni des conversations, le théâtre est uniquement l’espace de temps entre l’ouverture et la fermeture d’un rideau (ou d’une lumière).

L’étude de faisabilité de n’importe quelle profession doit obéir à une demande sociale pleinement vérifiable. En ce qui concerne le théâtre, c’est ahurissant. A contre-courant de la faible demande, se sont créés d’autres champs d’action, inhabituels et fantaisiste, depuis le mime rapiécé qui « vend » forcément ses parodies, en passant par les « statues vivantes » au pied des monuments, jusqu’à quelques ébauches de compagnie à l’équilibre réellement instable. Et au milieu de tout cela, une pléiade de comiques « scéniques » a envahi la cité. Le terme « petits boulots », thème et substance, dans le roman picaresque espagnol, décrit ces conditions sociales spécifiques.

On avait l’habitude, jusque dans les années soixante, de présenter le « Théâtre Colombien » comme un grand ensemble de troupes avec une réelle stabilité dans la création et une certaine influence sur la vie sociale. Ce mouvement est même arrivé à jouir d’un vrai prestige sur le plan international, étant reconnu par divers traits particuliers, comme le fort caractère de sa profession et sa façon d’aborder la création.

Le terme groupe était alors élogieux, admiré, et surtout considéré comme la manière la plus honnête et la plus efficace d’affronter le fait théâtral. Mais le mot avait cette dimension défensive qui prenait tout son sens à mesure que se développait sa maturité.

Issues de ce mouvement, les écoles de théâtre du pays durent faire face aux différentes nécessités, c’est-à-dire une réorganisation à tous les stades. Les troupes créèrent les écoles pour se régénérer, mais quand les écoles ont atteint un certain niveau déjà le mouvement avait perdu son horizon. Par conséquent les relations mouvement théâtral-écoles se refroidirent et aujourd’hui elles n’existent quasiment plus.

La majorité des troupes de cette dernière génération -il y a 20 ans de cela- ont renoncé à se développer et ont fortifié leur position ultra défensive, se plaçant dans une situation d’autoconservation avec la nécessité de mettre toute leur énergie dans le métier, jusqu’à se réduire à un collectif amoindri qui progressivement est devenu une entreprise familiale.

La nature de ces structures les oblige à donner une priorité à la gestion plutôt qu’à la création, au projet plus qu’à la ligne, à la survivance face à l’enthousiasme.

Les événements théâtraux ont pris un air d’affaires commerciales. L’intention de la société était de reconnaître et de multiplier, obéissant à la politique officielle de « sauver le pays », faisant de ces entreprises familiales de simples entités privées de la possibilité d’embaucher.

Dans ces structures fermées, il n’y a pas d’alternative pour les nouvelles promotions d’acteurs. Les écoles conscientes de la difficulté se sont trouvées sans défense devant ce problème. Le phénomène est inscrit dans une période historique; il a tout à voir avec notre réalité sociale.

Une maîtrise ou une licence en théâtre ne sera toujours qu’un bout de papier tant que les diplômés n’auront pas la possibilité d’une expérience réelle. La formation de l’acteur exige des conditions particulières. Il ne peut exister une véritable formation au rabais. L’acteur doit avoir un contact quotidien avec la scène et avec le public, car il ne s’agit pas de l’apprentissage d’une activité mécanique, mais inventive, où le corps et l’esprit sont en permanence en éveil.

Dans ces conditions, il nous suffira de nous confronter à un théâtre et à des acteurs improvisés, formés par intermittence, avec des stages rachitiques et la meilleure volonté du monde, essayant de conserver cette infime frange de spectateurs qui veulent encore croire que le théâtre est utile. Spectateurs qui sont déjà tellement impliqués pour la cause dramatique que déjà ils commencent à se sentir complaisants devant ces montages faits à la va-vite et sans intérêt. Le rôle du public alors sera de maintenir un haut niveau d’exigence pour forger un haut niveau théâtral.

Il n’y a pas de pratique esthétique qui ne suppose pas un énorme travail pour discipliner le talent. En dehors de cela, il faut acquérir un caractère trempé pour imposer son art dans un contexte où le vent souffle toujours en sens contraire. Tout ceci – en plus de notre pusillanimité- qu’on ne trouve quasiment plus de théâtre aujourd’hui à Medellin.

Les personnes qui font du théâtre n’ont plus d’autres références que la télévision, le cinéma et les photos des encyclopédies et des revues. Leur musée imaginaire est limité à certaines curiosités scéniques; ils s’imaginent que le théâtre c’est quelques bizarreries et alors les œuvres sont une sorte d’anthologie d’images et de séquences qui se répètent à l’infini. Les acteurs de théâtre ont l’habitude de parler et de marcher sur scène en citant d’autres pièces. La façon de dire les textes est ampoulé, pleine d’inflexions étranges, loin de la dramatisation et plus proche du pathétique. La scène ne s’utilise pas comme un champ de vérification, comme un laboratoire, mais lieu d’une monotone répétition.

L’acteur, à défaut de ligne constructrice, devient un étranger sur la scène, et non plus le guide nécessaire pour emmener l’imagination du spectateur. Comme il ne possède pas une formation professionnelle aboutie, il aspire seulement à arriver au jour de la première, espérant un succès improbable et rapidement à passer à autre chose. C’est que l’on appelle l’acteur trois fonctions.

Par ces bricolages toujours faits à la hâte, l’acteur est tenté par le bon filon du moment, tenté par l’incohérence, et on le voit un jour monter un Shakespeare et le lendemain alterner avec des inepties sur l’infidélité, le sexe et la belle-mère.

Si tu veux survivre, monte des stupidités. La survivance oblige l’homme à remonter le chemin jusqu’à la bête.

Il n’y a rien à faire. Toute société a le théâtre qu’elle mérite… Tout ce qui arrive est logique. Il n’y a que trois générations que l’on fait du théâtre en Colombie. Cette troisième génération en finira avec le marasme et trouvera de nouveaux chemins. La perspective est inscrite dans l’histoire : jamais l’homme ne cessera d’imiter et de réinventer la réalité, c’est dans sa nature. Pour notre modeste théâtre, peut-être que l’unique option est de se transformer en sa propre critique; une immersion nécessaire, d’où il sera possible de partir de ces quelques terribles constatations :

le théâtre actuel n’a absolument aucune transcendance.

il est très mal fait

il n’est intéressant que pour quelques personnes

nous appartenons, nous les théâtreux, au secteur le plus attardé de la population

nous sommes au siècle de la musique, de la peinture, du cinéma, de la danse

nous sommes pire que la télévision

le théâtre ne nous intéresse que par les contrats qui en dérivent

nous faisons du théâtre parce que nous ne savons pas faire autre chose

nous faisons du théâtre parce que nous pensons que c’est facile et qu’il n’y a pas à travailler beaucoup

nos conceptions sur l’éthique, la philosophie et la réalisation esthétique datent du déluge

être artiste, c’est être socialiste-caviar

nous sommes « théâtreux » tous les 27 mars, jour international du Théâtre

la presse et les médias s’intéressent au théâtre par charité

il ne coûte rien à l’Etat de n’avoir aucune politique culturelle et d’ignorer le théâtre.

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endirectdemontevideo @ 12 h 47 min
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Agustín Yáñez

Posté le Jeudi 30 mars 2017

Le blog s’est interrompu quelques jours en raison du Salon du Livre et de la réception chez moi de Dumitru Crudu pour quelques jours.

Agustín Yáñez (Guadalajara 1904 – Mexico 1980) est un des plus grands écrivains mexicains, salué notamment par Carlos Fuentes. Il a écrit un roman intitulé « Al filo del agua » (1947) et traduit en français sous le titre de « Demain la tempête ».

Pour le cas où et avant que les événements ne se précipitent, avec l’arrivée de la bande de Rito Becerra, le directeur politique abandonna le village en prétextant qu’il allait chercher les instructions…

Ils sont arrivés et ils ont cherché tous ceux qui se cachaient et qui cachaient leur argent. Ils disaient : « Ouvrez ou nous défonçons la porte ! » Et ce n’était plus que plaintes dissimulées, pleurs en cachette, cris de douleur, hurlements frénétiques. Ils voulaient tous la marchandise et l’argent. Et puis aussi quelques femmes…

Il était bientôt minuit, et les enfants ne dormaient pas, les chiens étaient aux aguets. Tous les chiens dont les aboiements couvraient les rumeurs les plus folles. Les enfants voulaient manger, ils voulaient boire, ils voulaient dormir. Mais les détonations se succédaient, proches ou lointaines. Augmentaient aussi les hurlements des chiens. A chaque tir, toute la soirée, toute la nuit, le cœur manquait de rompre.

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endirectdemontevideo @ 7 h 52 min
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Manuela Sáenz de Thorne

Posté le Vendredi 24 mars 2017

Fille « illégitime » de María Joaquina de Aizpuru et du noble espagnol Simón Sáenz Vergara, Manuela Sáenz nait le 27 décembre 1797 (ou 1795) à Quito (Equateur). Sa mère étant morte le jour de sa naissance, ou deux ans plus tard, Manuela est confiée au couvent des Monjas Conceptas (Monastère royal de la Pure et Immaculée Conception) où elle est élevée par la supérieure, sœur Bonaventure. A dix-sept ans, elle s’enfuit du monastère.

En décembre 1816, le père de Manuela lui arrange un mariage avec le médecin anglais James Thorne, qui a 26 ans de plus qu’elle. Ils se marient en juillet 1817, à Lima (Pérou). La jeune femme commence alors à s’intéresser à la politique, s’investissant dans la lutte pour libérer le Pérou de la tutelle espagnole dans un contexte de tensions avec les colons, tandis que son demi-frère s’intègre dans l’armée de libération. Elle fréquente officiers et révolutionnaires qui la tiennent au secret des avancées de la révolution. En juillet 1821, lorsque José de San Martín s’empare de Lima et proclame l’indépendance du Pérou, il décerne à Manuela le titre de chevalière de l’ordre du Soleil du Pérou (la plus haute distinction civile et militaire au Pérou).

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C’est à Quito, le 16 juin 1822, qu’elle voit pour la première fois le Libertador Simón Bolívar, qui fait une entrée triomphale dans la ville. Ils se rencontrent peu de temps après lors d’un bal donné pour le Libertador, et tombent amoureux, commençant une liaison qui durera jusqu’à la mort de Simón Bolívar.

Manuela accompagne son amant dans plusieurs de ses campagnes, auxquelles elle participe de façon active, gagnant le grade de colonel dans l’armée d’indépendance. Lorsqu’elle ne participe pas aux campagnes militaires, elle soutient la révolution en rassemblant et diffusant des informations, et elle milite pour les droits des femmes. Alors que son mari James Thorne lui demande de revenir auprès de lui, Manuela refuse catégoriquement et déclare vouloir le quitter et demeurer auprès de Simón. Cette attitude, son franc-parler, son indépendance, son influence en politique, font scandale à l’époque et font d’elle une avant-gardiste dans la lutte pour l’émancipation des femmes.

En septembre 1828, à Santa Fe de Bogota, Simón Bolivar est victime d’une tentative d’assassinat. Il doit la vie sauve à l’intervention de Manuela qui, comprenant ce qui se passe, s’interpose devant les rebelles et gagne à son amant le temps de s’échapper. Dès lors, Bolivar la surnomme Libératrice du Libérateur. En mai 1830, il meurt des suites d’une tuberculose et son décès affecte profondément Manuela. Par la suite, bannie de Colombie, Manuela s’établit en Jamaïque, en Equateur, puis au Pérou. Elle vit de commerce, de travaux de broderie ou de cuisine, et de traductions.  Manuela meurt le 23 novembre 1856 à l’âge de 59 ans, au cours d’une épidémie de diphtérie.

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endirectdemontevideo @ 13 h 46 min
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l’Equateur, une île de paix ?

Posté le Jeudi 23 mars 2017

Au revenant à la démocratie, en 1979, l’Equateur fut décrit comme un paralytique qui devait réapprendre à marcher. Une sorte de Lazare qui devait ressusciter non d’une guerre mondiale, mais du boum pétrolier si piteusement administré par le dictateur nationaliste, le Général Rodriguez Lara et la Junte Militaire qui le renversa en 1974. Ensuite des oligarchies militaires de gauche et de droite firent en sorte que se développe une classe moyenne hautement consommatrice. Avec une belle énergie elles ont semé les prémices de la crise économique qui allait tout emporter : l’augmentation de la dette extérieure (publique et privée) et le démantèlement de l’appareil productif.

Les élites de la nation se plaisaient à rappeler que l’Equateur était une « île de paix » à côté des luttes fraternelles en Colombie et des cruautés du Sentier Lumineux et de sa répression au Pérou. Une île de paix ? Les massacres massifs de 1925 et 1959 à Guayaquil, l’exploitation des indigènes dénoncée dans le roman « Huasipungo » de Jorge Icaza, la répression des étudiants dans les années 60, le meurtre des travailleurs de Aztra dans les années 70, le crime jamais résolu du président social-démocrate Jaime Roldos Aguilera en 1981, qui entraîna la mort du processus démocratique à peine commencé, l’assassinat des frères Restrepo, l’irruption de la narcopolitique, les viols systématique des droits de l’homme, les violences sexuelles, l’inhumaine surpopulation carcérale, le poids maléfique de l’Eglise dans la vie civile et sociale, la permanence des activités de la CIA dans notre vie politique, et on pourrait multiplier les exemples. Alors une île de paix ?

Pour le théâtre, c’est exactement l’inverse. Certes Ricardo Descalzi a écrit une histoire du théâtre équatorien en six volumes. Mais Jorge Enrique Adoum a lancé la polémique en disant : « Comment peut-on écrire six tomes sur quelque chose qui n’existe pas ? »

SANTIAGO ROLDÓS

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Ciro Alegria

Posté le Mercredi 22 mars 2017

Né à Sartimbamba a la province de Huamachuco, Pérou, il découvre les indiens péruviens et les difficultés de leur vie quotidienne. La compréhension de leur oppression est le sujet de ses romans. Il étudie à l’université de Trujillo et travaille brièvement comme journaliste pour le quotidien El Norte.

En 1930 Alegría rejoint l’alliance révolutionnaire populaire américaine dont le but est une réforme sociale et l’amélioration de la condition indienne. Cette adhésion lui vaut l’expulsion de l’université. Il est emprisonné plusieurs fois pour ses activités politiques avant d’être exilé au Chili en 1934.

Il reste en exil au Chili et aussi aux États-Unis jusqu’en 1948. Il enseigne ensuite à l’université de Puerto Rico et écrit sur la révolution cubaine pendant son séjour. Son roman le plus connu, Vaste est le Monde (1941) ou El mundo es ancho y ajeno, obtient le prix du Roman latino-américain en 1941 et lui donne une reconnaissance internationale. Ce livre est d’abord publié aux États-Unis et a été réimprimé de nombreuses fois en différentes langues.

L’Indien Rosendo Maqui était accroupi à la façon d’une vieille idole. Il avait le corps noueux et verdâtre comme un chef Inca. Fait d’un bois tortillé et si dur, il avait quelque chose de végétal, un peu homme, un peu pierre. Ses narines éclatées laissaient voir une bouche aux grosses lèvres repliées dans un geste de sérénité et de fermeté. Au-dessus de ses joues creusées brillaient ses yeux, comme d’obscurs lacs tranquilles. Ses sourcils étaient de véritables buissons. On pourrait affirmer que l’Adam américain fut façonné sur ce modèle ; que les forces de la terre, avec toute leur énergie, ont fabriqué cet homme avec un profil de montagne. Sur ses tempes, il neigeait comme au plus fort de l’hiver. Malgré son âge, il restait le patriarche que personne ne contestait. Le peuple disait : « Celui qui a raison aujourd’hui, c’est celui-là qui aura raison demain ». Et d’ailleurs Rosendo dirigeait en se montrant un chef avisé et calme, prudent et juste.

El Mundo es Ancho y Ajeno (1941)

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Pirates

Posté le Mardi 21 mars 2017

Lors de la Guerre de Succession espagnole, l’Angleterre permit à quelques aventuriers de faire du piratage sur les mers. Un groupe de banquier de Londres équipa les navires « Duque » et « Duquesa » et les mit sous les ordres du Capitaine Woodes Rogers qui partit de Bristol le 12 août 1708 à destination des ports du Pacifique. Au cours du voyage, il se mit en relation avec d’autres individus du même acabit et en avril ils interceptèrent des commerçants qui allaient vendre leur cargaison d’esclaves à Lima. Puis ils réussirent à prendre en otage le jeune maire de Guayaquil, qui leur promit une forte somme d’argent s’ils n’incendiaient pas la ville.

C’est ainsi qu’ils débarquèrent à Guayaquil, forts de leurs otages. Ils firent irruption dans toutes les maisons pour y chercher de l’or et des bijoux. Et le soir, par groupes de cinq ou six, ils forçaient les jeunes filles à danser de plus en plus dévêtues au son de leurs guitares et de leurs tambourins. Les unes le faisaient de bon cœur pour amadouer ces pirates alcooliques, les autres avaient très peur de mourir aux mains de ces scélérats.

Au bout de quelques jours, comme ils ne trouvaient plus rien de valeur chez les habitants, ils se mirent à déterrer les cadavres et à piller les tombes. Mais ils ne découvrirent que les corps décomposés et ils furent alors atteints par différentes maladies. C’est pourquoi ils quittèrent enfin Guayaquil pour Lima où ils furent décorés « pour services rendus à la Couronne, services qui n’ont pas d’équivalents en ce qui concerne le zèle et l’ardeur de courageux navigateurs ».

Ce fut pourtant la dernière et la pire des invasions que connut Guayaquil.

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Full Dollar

Posté le Lundi 20 mars 2017

Full Dollar est un projet initié en 2009 suite à une exposition photographique réalisée avec Juan Lorenzo Barragan. Après avoir parcouru villes et villages, et notamment la population de la zone côtière,  pour se documenter sur le graphisme populaire, les organisateurs ont rencontré Don Pili, peintre très représentatif de la tradition des gens des plages. Ce dernier fut donc chargé de proposer une série de reproductions d’œuvres célèbres de l’art occidental, dans un but de propagande commerciale. Les œuvres, peintes avec l’émail sur du bois ou du laiton, sont une forme revisitée et ironique de l’histoire de l’art et une critique de la politique de collectionnisme et du rôle de l’art dans la vie sociale. C’est aussi un formidable coup de pied dans l’académisme ambiant qui régnait encore dans les milieux artistiques.

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Raul Perez Torres

Posté le Dimanche 19 mars 2017

On ne se lasse pas de Raul Perez Torres…

Voilà qu’à mon âge, les souvenirs se pressent, sans que l’on ne sache plus s’il s’agit de rêves ou de faits avérés. Cette nuit, par exemple. Maria venait d’avoir vingt ans, parce qu’elle était née tout de suite après moi. On devait repeindre notre appartement et cela agitait tous les habitants de l’immeuble. C’était ce même mois de juin que le distingué alcoolique qui était au gouvernement avait décrété la loi militaire pour assassiner légalement le peuple de Guayaquil. Sont restés sur le carreau des milliers de compatriotes et ce monsieur déclara quelques jours plus tard que la part la plus représentative du pays et de la presse ont applaudi ce massacre de quelques braillards, drogués et prostituées au nom de l’ordre, de la tranquillité et de la sécurité nationale. C’est précisément cette part la plus représentative du pays et de la presse que nous allions affronter pendant des années dans une lutte clandestine qui laissait tout de même présager, tout au long de nuits merveilleuses, les jours les plus lumineux.

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Amarrete

Posté le Samedi 18 mars 2017

Amarrete fait partie de la tradition lunfardiste et se réfère au mesquin, au radin, que Molière a si bien caractérisé dans l’Avare. L’adjectif « amarrete » vient du dessinateur Oscar Oski. Il créa le personnage d’Amarroto dans la revue Rico Tipo en 1947. Oski dénonçait avec humour le sans-gêne de ceux qui ne mettent jamais la main à la poche pour payer une addition, pour inviter des amis à manger, pour soulager ceux qui souffrent de la misère.

Amarotto est aussi le titre d’un tango écrit par Miguel Buccino et mis en musique par Juan Cao. Il fut joué en 1951 par l’orchestre de Juan D’Arienzo avec le chanteur Alberto Echagüe. Ce tango dit ceci :

Tu n’avais pas d’autre ami

que le bœuf qui se lèche tout seul

avec ta philosophie de radin radical

et tu amassais les billets pour en faire un salami

travaillant du matin au soir comme un esclave, comme un idiot…

Notons qu’il existe aussi une très belle expression pour dire de quelqu’un qu’il est avare :

tener cocodrilos en los bolsillos

avoir des crocodiles dans la poche.

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dessins de Oski

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Siomara España

Posté le Vendredi 17 mars 2017

Siomara España (Manabí, 1976).

Licenciée en littérature et en espagnol. Elle a publié les recueils Concupiscencia,

2007 et Alivio Demente,2008. Premier Prix de poésie universitaire, Université

de Guayaquil, 2008, et finaliste au concours de contes «Jorge Luis Borges»,

Argentine, 2008.

Le retour de Lolita

Je suis Lolita

ainsi les Loups des steppes

dénouent

mes tresses avec leurs dents

et me jettent

des caramels de cyanure et de caoutchouc.

J’ai eu l’intuition de mon nom ce jour-là au port

avec les naufragés

te rappelles-tu ?

Et ce combat

avec Vladimir, l’éternel.

Je sais que je suis Lolita

je le sus quand il m’a donné

ses mains lacérées à force de m’écrire.

Ainsi quand tu apparus

libidineux et suppliant

pour me raconter tes frayeurs

je t’ai laissé me toucher

mordre mes bras et mes genoux

je t’ai laissé mutiler entre mes jambes

les ruses de Charlotte.

Je savais que ta vieille épée

couperait une a une mes veines

mes pupilles

et je me suis moquée cent fois

de ta stupidité de vieil enfant

qui pleurait sur mon ventre.

et quand tous les naufragés du monde

sont revenus à mon port

pour m’offrir des cadeaux

que je payais en nature

tu as bondi derrière mon ombre

tandis que moi je fuyais et dansais.

C’est pour cela que je sais que je suis Lolita,

la nymphette des motels et des anagrammes

qui revient la valise à l’épaule

reprendre le passé après bien des années

 

(Traduction Rémy Durand)

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