Gabriel Garcia Marquez

Posté le 13 août 2017

Dans ses années d’apprentissage, en 1951 (il avait 23 ans) Gabriel Garcia Marquez écrivit un recueil de contes assez imprégnés par l’étrange et l’onirisme. Notamment cette nouvelle intitulée « Nabo, le nègre qui fit attendre les anges ». Il s’agit d’un garçon d’écurie qui a reçu un coup de pied d’un cheval et que les anges attendent pour qu’il fasse partie d’une chorale céleste parce qu’il a une belle voix. Mais lui ne se résigne pas à mourir; il les fera attendre quinze ans.

Nabo était à plat ventre sur l’herbe fanée. Il sentait l’urine de l’étable pénétrer son corps. Il sentait sur la peau noire et brillante la chaleur tiède des derniers chevaux. C’était comme s’il était resté endormi depuis ce coup de sabot à la face et maintenant il ne sentait plus rien. Juste l’odeur de l’étable humide et l’innombrable fourmillement des insectes invisibles dans l’herbe. Il ouvrit les yeux. Et les referma aussitôt pour rester ainsi en s’étirant, comme il était resté toute la soirée, ne voyant pas le temps passer, jusqu’à ce que quelqu’un dise dans son dos : « Allez, Nabo, tu as assez dormi ». Il se retourna et ne vit plus les chevaux, mais la porte fermée. Nabo s’imagina que les chevaux étaient dans un autre endroit, mais il était surpris de ne pas les entendre remuer. Il imagina que quelqu’un lui parlait depuis l’intérieur de l’écurie fermée par la barre. Une seconde fois, il entendit la voix derrière lui : « C’est vrai, Nabo, tu as assez dormi. Cela fait trois jours que tu dors… » C’est seulement à ce moment-là qu’il ouvrit complètement les yeux et qu’il se souvint : « Je suis ici parce que j’ai reçu un coup de sabot ».

GGM  ilustracion Santiago Guevara[1]

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