Juan Calzadilla

Posté le 13 mars 2018

Peintre de la parole et poète plasticien, comme certains le surnomme, Juan Calzadilla est né a Altagracia de Orituco, dans l’Etat de Guarico en 1931. Il est reconnu comme créateur visuel et un écrivain prolifique. Il se considère lui-même comme « un sujet imparfait, anormal, qui a passé plus de cinquante ans de sa vie à jouer. Et pire encore, qui joue son destin en continuant à jouer jusqu’à la fin. » Voici un poème qu’il écrivit pour la revue « El Techo de la ballena » en 1964.

Inculpé

Citoyen libre à peine au-dessus de mes moyens

me montrant comme je suis dans la plénitude

de mes facultés perdues dans les poubelles

et dans les écrits que l’on peut lire habituellement dans les urinoirs

ayant noté qu’il n’existe pas d’autre vie, ni un second

ou un troisième acte et que la première moitié

de ma vie est déjà bien engagée dans une impasse désertique

loin des rues principales et volontairement trempée

dans mon verre de vin étant maître

sans élève et sans personne pour prendre ma défense

ni de raisons suffisantes pour chanter

rire ou faire juste ce qu’il y a à faire

et dans la forme démocratique qui me permet

de gratter mes pieds l’un contre l’autre

à la façon de deux automobiles qui copulent

se rentrant dedans à grande vitesse

dans une odeur de fourmilière funèbre

sachant aussi que nous ne sommes pas là uniquement pour vivre

et que pour l’instant il n’existe aucun pays pour lequel

on aurait le devoir ou l’obligation de mourir

et au moment où je trébuche sur la terre accidentée

qui ouvre son sexe je n’ai ni de bons ni de mauvais

antécédents je demande pardon Messieurs

le bien et le mal cohabitent dans chacune de mes cellules

Splendide cité bénis les égouts

et les cicatrices de tes morts violentes approche de moi le couteau

je suis ton inculpé qui a dans la main la pierre à aiguiser

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 JC-0013

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