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Edmundo Aray

Edmundo Aray Poète, conteur, historien, éditeur et cinéaste vénézuélien. Il est né à Maracay en 1936. Il fut directeur de la culture à l’Université des Andes et fondateur du Comité des Cinéastes d’Amérique Latine.

De la mort et de son destin

C’est moi qui commande les rues, les places, la douleur des chambres, les temples qui s’élèvent jusqu’aux cieux.

Je rentre dans les rêves des femmes et des hommes de la terre. Cauchemar interminable.

Je brûle le jour et la nuit.

Je suis comme le firmament de l’enfer. Toujours en éveil et vorace.

C’est moi qui commande, comme c’est d’ailleurs normal, dans les palais du pouvoir.

Je fais les gros titres sur huit colonnes noires, très noires.

L’on me voit dans des images fulgurantes à la télévision et dans les innombrables jeux sur internet.

L’on m’entend avec grosse caisse et cymbales ; c’est comme une fanfare répandue sur toutes les ondes hertziennes.

A chaque instant, dans tous les coins de la terre, on hisse mon drapeau au son aigu du clairon.

« Je ne suis que le lieutenant du destin. » Je ne fais qu’obéir à mes ordres.

Je suis le monarque universel. Le linceul est mon blason.

Tout l’enfer de la vie et de la pensée, tout le mal est incarné en moi, Moloch, hier et pour toujours Moby Dick.

Sur l’océan navigue une barque, qu’on appelle parfois Rachel, et qui porte le deuil universel.

Mais, attention ! Sur l’eau et dans l’air, avec un cercueil comme une bouée, il y a quelqu’un. Et c’est toi, pour raconter l’histoire et remuer nos âmes. Pointe acérée et rédemptrice, qui balaiera tout à l’aide de mon serment de violence et de vengeance.

Sur moi n’as-tu pas jeté le tissu rouge de la vie, comme des perles de rosée rendant transparente l’étoffe ?

Hélas !Tu ne renonceras jamais à me persécuter.

Tout au plus, un linceul monumental, tout au plus.

EPILOGUE

-Ecoutons Melville. Nous serions des tueurs jusqu’à la fin des siècles, sur terre comme sur mer, juste un bande de Bonaparte ou de requins   ?

-Quand Moloch se retrouve avec lui-même, respirant à plein nez les sépultures, les chiens ne s’abreuvent-ils pas de son sang ?

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Emiro Lobo

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Emiro Lobo, peintre, artiste plastique et graphiste, est né à Tuco le 14 avril 1948 et il est mort à Mucuy Alta le 27 décembre 2007. Il est considéré comme l’un des plus importants peintres contemporains et comme le précurseur du dessin graphique au Venezuela. Encore adolescent, il obtint une bourse pour aller étudier le dessin en Allemagne. Il en profita pour visiter différents pays d’Europe et particulièrement la France, où il entra en contact avec les plus grands artistes des années  60. Puis il entreprit un voyage en Argentine et dans d’autres pays d’Amérique Latine. A partir de 1989, il résida à Coro, dans l’Etat de Falcon. Il fut alors reconnu par son pays qui le chargea de développer la culture et par l’UNESCO qui lui proposa la Direction du Patrimoine National.

 

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https://www.youtube.com/watch?v=VxL0zw5jYYI

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Cezar Rengifo

Dans sa pièce, « Ce qu’a laissé la tempête », Cezar Rengifo (1915-1980), véritable pionnier du théâtre contemporain au Venezuela, évoque la révolution de 1865 et l’assassinat mystérieux d’Ezequiel Zamora, qui avait défendu les paysans.

A la mort de Zamora, les fusils et les actions concertée ont laissé la place aux compromis et aux trahisons. En dépit de cela, le peuple n’a pas perdu tout espoir.

Il y a ceux qui viennent de nuit

pour creuser et enterrer

quatre ombres et un linceul

tout proche de la bananeraie

tout proche de la bananeraie.

Passe le temps et d’autres Zamoras reprendront le drapeau. Par intermittence, comme des rumeurs,  le chant des combattants se fera entendre.

Qu’on allume les chandelles

sous le vent de Barinas !

Qu’on allume les chandelles

sous le vent de Barinas !

Et le soleil de la victoire

brille déjà à Santa Inés ;

Oligarchie, tremble !

Vive la liberté !

Oligarchie, tremble !

Vive la liberté !

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Jorge Amado

Immense écrivain de l’école moderniste, Jorge Amado est né au Brésil dans l’Etat de Bahia en 1912, et mort dans ce même Etat en 2001. C’est à 19 ans, en 1931, qu’il écrit son premier roman,Le Pays du carnaval, qui dépeint la découverte de son pays par un jeune Brésilien à la fin des années vingt, après une enfance passée en Europe. Un an plus tard, l’écrivain précoce publie Cacao, qui brosse la vie misérable des ouvriers des plantations de cacao (à noter que le père de Jorge Amado était exploitant d’une plantation). Ces deux premiers textes lui font d’emblée grossir le rang des grands romanciers.

Porciuncula avait renoncé à demander en mariage la jeune Maria, la dernière pensionnaire du bordel de Tibéria.

Porciuncula laissait donc passer la tempête, quand lui parvint un message de Tibéria lui demandant instamment de venir, car Maria le réclamait de toute urgence. Lorsqu’il arriva, elle était morte. Tibéria lui expliqua que Maria voulait être enterrée en robe de mariée, avec voile et guirlande de fleurs. Le fiancé était Porciuncula ; ils étaient sur le point de se marier, avait-elle dit.

C’était une folle requête, mais c’était la prière d’une morte et il n’y avait rien d’autre à faire que de la satisfaire. Toutes les femmes, celles de la maison de Tibéria et celles de la rue, lasses de la vie se transformèrent en couturières, taillant, cousant, ajustant robe, voile et couronne ! Et elles vêtirent Maria.

Alors, Porciuncula s’assit à côté du lit, il était le marié et prit la main de Maria. Clarice, qui avait été mariée et que son mari avait abandonnée avec trois enfants à élever, ôta de son doigt, en pleurant, l’alliance souvenir des temps heureux et la tendit au mulâtre. Porciuncula la glissa lentement au doigt de la morte et contempla le jeune visage. Maria souriait.

Puis, il observa Tibéria, et il jura qu’il la vit transformée en prêtre, courbée sous les habits sacerdotaux pour bénir l’union. Un curé rondouillard avec des manières de saint… Alonso remplit à nouveau les verres, nous les vidâmes.

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Jorge Amado en 1935



Edmundo Aray

Edmundo Aray Poète, conteur, historien, éditeur et cinéaste vénézuélien. Il est né à Maracay en 1936. Il fut directeur de la culture à l’Université des Andes et fondateur du Comité des Cinéastes d’Amérique Latine. Voici un texte qu’il écrivit pour « El Techo de la Ballena ».

Donne-moi un remède pour calmer cette douleur

qui fane ma jeunesse

Le dernier sac d’écus dans les doigts d’un joueur ; Un baiser libertin de la maigre Adeline

Baudelaire

Toi qui sais, donne-moi un remède pour calmer cette douleur

qui fane ma jeunesse

Ignacio Villa (Boule de neige)

I. Toi qui sais, donne-moi un remède pour calmer cette douleur

qui fane ma jeunesse !

Qui soulagera son cœur, le voyant ainsi triste et solitaire ? Ce sont des

fleurs du mal. Jamais ne parvient un rayon rose et joyeux.

Qui lui offrira l’âme du vin et son plaisir jubilatoire dans le palais

de telle façon que refleurissent les cerisiers et que ne revienne plus

l’été où il est tombé amoureux d’elle, ni cette rencontre, la nuit,

sur un chemin obscur ?

Donne-moi un remède pour calmer cette douleur qui fane sa jeunesse.

Peut-être un baiser libertin de la maigre Adeline.

  1. Toi qui sais combien je suis rempli de sable mort et de soleil noir !

Donne-moi un remède pour calmer cette douleur qui fane ma jeunesse.

Un animal si doux, incapable de faire mal. Rien que son ombre endort les passions.

La grande Chélidoine redonne vie aux hirondelles aveugles. Le sang de dragon

soigne les tumeurs malignes. Et les amandes amères la gueule de bois. L’amour,

tout comme l’air, entoure nos corps ; il entre dans nos entrailles et à tout moment

visite le cœur. Ame exaspérée et crédule ! Fais confiance aux secrets, exhume les

images venues d’ailleurs et pleure pour un baiser de la maigre Adeline.

  1. Toi qui sais qu’un couteau en silex est fiché dans mon corps.

    Donne-moi un remède pour calmer cette douleur qui fane ma jeunesse.

Il y a des fleurs qui nous redonnent la joie de vivre, qui nous réinventent.

D’autres qui nous attristent et nous étouffent. Des fleurs brûlantes et des fleurs

à la fraîche rosée. Des fleurs sans odeurs qui ôtent la vie et des fleurs d’angoisse

plus que mortelles.

Toi qui le peux, Adeline, donne la force, le courage d’aller au cœur. Donne-lui

la fleur de l’espérance, l’oeillet aérien, qui ne dure qu’un jour. Si tu le peux, donne-lui

un baiser libertin, maigre Adeline.

«Baje la cadena Alegro Jocoso pero no demasiado »

Valencia, Venezuela, Universitad de Carabobo, 1972

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Témoignage

Vanessa Angustia est sénatrice d’Izquierda Unida/ Podemos dans l’Etat espagnol. Elle faisait partie de la délégation d’accompagnement international présente au Venezuela lors des élections du 20 mai dernier qui ont abouti à la réélection de Nicolas Maduro à la présidence de la république.

Deux jours après la tenue de ces élections, la sénatrice a interpelé le Sénat espagnol au sujet des raisons pour lesquelles le gouvernement de l’Espagne ne reconnaissait pas la légitimité des résultats électoraux au Venezuela, en signalant que cette position était “antidémocratique, qu’elle constituait une ingérence qui faisait fi de la volonté émanant du peuple vénézuélien”.

Le travail du Conseil National Electoral a été impeccable. Rares sont les pays dans le monde qui ont un système de garanties électorales offrant la fiabilité que nous avons pu constater ici. Le processus a été dans l’ensemble impeccable, depuis l’annonce le 23 janvier des élections présidentielles par l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), pendant la négociation dans le cadre de l’accord de garanties électorales dans la République Dominicaine et jusqu’au 20 mai.

Lors des dernières élections aux Etats-Unis il y a eu 48% de participation, et le président Trump a été reconnu comme légitime, alors qu’il a été élu avec un pourcentage inférieur à celui de Maduro. Même chose dans les cas de Macri, Piñera et Santos. En France, le taux de participation lors des législatives de l’année dernière était de 42 à 48%, au Portugal pareil.

La question n’est donc pas la participation mais l’usage que l’on veut faire des données, c’est ce qui s’appelle une manipulation.

La grande victoire au Venezuela, c’est d’avoir un pouvoir populaire organisé, d’avoir des classes laborieuses qui se défendent elles-mêmes, qui savent parfaitement quel est l’ennemi et qui est l’agresseur, et qui agissent en conséquence, qu’elles aient ou non des divergences ou des critiques, et elles savent parfaitement à qui elles doivent faire face et qui cherche à leur enlever des droits et de la souveraineté.

Les difficultés au Venezuela sont énormes. Il en résulte un découragement et la certitude très partagée que la situation est difficilement tenable car les sanctions et les agressions étaient déjà annoncées. Cependant, ce découragement a été surmonté et a trouvé son aboutissement avec cette conscience qu’ont prise les classes populaires. Même si la situation est extrême pour des millions de personnes, il y a aussi cette idée qu’il ne faut pas se rendre, parce que si l’impérialisme l’emporte, la situation sera bien pire.

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Adalber Salas Hernández

Adalber Salas Hernández  est né à Caracas en 1987. Poète, essayiste, traducteur, éditeur. Il a entre autres publié des textes de Marguerite Duras, Antonin Artaud, Rimbaud, Mario de Andrade. Il fait partie du comité éditorial des revues Poesía et Buenos Aires Poetry. Il poursuit un cursus universitaire à New-York.

(Histoire naturelle de la ruine : Auschwitz-Birkenau)

Quand il ne restera plus une seule personne pour se souvenir, quand notre mémoire aura perdu feuilles et fruits et que notre voix ne vaudra plus son pesant de sel, d’épices ou de cendre, quelle signification auront encore ces édifices ? Qui retrouvera derrière ces pilonnes armés de cameras, les longues files tremblantes dans la neige ? Ces côtes décharnées par la  faim ? Les découvrira-t-on avec Google Earth, ces baraques luisantes comme des crânes, ces grilles et ces barbelés si propres et polis désormais, tout au moins en sommeil, feignant l’innocence des objets abandonnés sur le fond froid de mon écran ? Vue du ciel, la terre est imperméable, lisse, boulimique. Elle n’a pas d’âge ou peut-être a-t-elle l’âge des mythes qui s’oublient parce qu’ils ne servent plus à personne. On observera tout cela sans curiosité, ni terreur, les yeux fermés par la résine de la distance, comme si le passé ne pourrait être le futur, comme si ces temps ne pourraient revenir dans les pays qui les ont connus. Comme nous serons entrain de mastiquer les entrailles de la terre et que nous n’aurons même plus un nom pour couvrir notre nudité, nous ne pourrons pas les avertir que l’histoire est un long couvre-feu qui empêche quiconque de trouver complètement le sommeil.

(extrait de La Science des adieux)

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Juan Sánchez Peláez

Poète, universitaire et diplomate, Juan Sánchez Peláez s’installe au Chili en 1940 où il poursuit des études de Lettres. Il y noue des liens avec les poètes du groupe Mandragora. Il introduit le surréalisme au Venezuela et renouvelle en profondeur la poésie vénézuélienne.

Profondeur de l’amour

Les lettres d’amour que j’écrivis dans mon enfance étaient pour me souvenir d’un futur paradis perdu. Le cap incertain de mon espérance était marqué dans les collines musicales de mon pays natal. Ce que je poursuivais, c’était la biche fragile, le lévrier éphémère, la beauté de la pierre transformée en ange.

Je ne défaille plus devant la mer naufrageuse de baisers.

Je vais à la rencontre des villes :

Avec comme guide les bases d’une architecture imaginaire

Pour aliment la furie du fils prodigue

Pour ancêtres, les parcs qui rêvent sous la neige, les arbres qui incitent à la plus grande mélancolie, les bouches d’oxygène qui font trembler la brume chaude du Sud, la femme fatale dont on voit le doit s’incliner doucement sur les rives sombres.

Moi, j’aime la perle magique qui est cachée dans les yeux des gens silencieux, le poignard amer des taciturnes. Mon cœur se fait barque de la nuit et prend soin des opprimés.

Mon front est l’argile tragique, la cire mortelle des déchus, la cloche des soir d’automne, la voilure qui affronte le calme plat ou les rafales les plus déchaînées de la tempête.

Moi, je me vois face au soleil, front des baies méditerranéennes, voix qui coule d’un gazon d’oiseaux.

Mes lettres d’amour n’étaient pas des lettres d’amour, mais une solitude d’intestin.

Mes lettres d’amour furent confisquées par les faucons antillais qui traversaient les miroirs de mon enfance.

Mes lettres d’amour sont des offrandes pour un paradis de courtisanes.

Et que se passera-t-il plus tard, pour ne pas dire demain ? murmure le vieux décrépit. Peut-être que la mort aux yeux charmeurs siffle la plus belle des balades d’amour.

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Roberto Matta

Né en 1911 à Santiago du Chili, Roberto Matta étudie l’architecture avant de s’installer en France en 1933. Il travaille avec Le Corbusier puis à Londres avec Walter Gropius. À la fin des années 30, il voyage dans toute l’Europe. Ses nombreuses rencontres – Alberti, Garcia Lorca, Henry Moore, Magritte, Gabriela Mistral, Miro, Picasso, Neruda – vont parfaire sa formation intellectuelle, politique et artistique.

Je me demande si un Français peut se représenter  -est capable de l’effort d’imagination nécessaire pour se représenter- ce qu’est la vie d’un étranger pauvre à Paris. Surtout si cet étranger est un poète -ou un réfugié politique- et à plus forte raison un poète qui n’a pas encore découvert sa poïesis. Un naufragé dans sa mer intérieure, quelqu’un qui est exclu par le froid extérieur. Oui, qui pourrait imaginer parmi les Français une telle métèque-mathique, concevoir ce que peut être cette vie ?

Parce que cet homme, ce poète dont je parle, est vivant. Il cherche le sens de sa vie -de la vie?- sans regarder en arrière. Il a coupé le fil -il ne peut plus supporter le galop des chevaux. Pour lui tout est perplexité.

Ce qui le soutient, c’est l’intuition d’un autre réel, la transparente intuition d’une action commune possible…

Il s’agit de construire la cité des naufragés. Même si ce n’est qu’un labyrinthe avec des portes. Mais par où commencer ? Dans quelle direction le regard doit-il se porter ? En soi et en dehors de soi, tout est à faire, tout est à donner. Et les stratagèmes de Stendhal lui sont interdits puisque son sorelisme est révolutionnaire.

Revue de la N.R.F. (avril 1967)

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