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Archive pour la catégorie « Non classé »

Gustavo Ott

 

Né en 1963 a Caracas, Gustavo Ott est un auteur majeur au Venezuela et une personnalité  très en vue de la scène de son pays.
Auteur de trente-­‐trois pièces éditées, jouées et traduites en plusieurs langues, il est également metteur en scène et directeur du Théâtre San Martin de Caracas.
Son œuvre théâtrale est parcourue par des thèmes récurrents, notamment la dénonciation de la corruption, de la violence, de la délinquance omniprésente dans les grandes villes… sur un ton qui lui est propre, mêlant humour grinçant et vivacité des dialogues. Sa pièce Photomaton a été publiée aux Solitaires intempestifs en 2003.

PERE – Je suis arrivé à l’aéroport, et je suis monté dans l’avion.

Là sur le point de partir :

deux curés impliqués dans des affaires d’enfants de choeur…

un ministre poursuivi pour l’achat de quelques jeeps…

trois juges vendus à la corruption venant juste d’empocher…

deux chefs d’entreprise que l’on croyait en prison…

des politiciens de gauche enrichis, des chefs de gouvernement de tous bords, des syndicalistes arrosés, des intellectuels muselés, récompensés par des prix littéraires…

des PDG et des directeurs de banques fatigués de toujours faire des bénéfices…

des agents de change et des spéculateurs…

Là aussi, des ex-présidents et des universitaires s’enfuyant avec les économies de leurs collègues…

des crapules et des gens ordinaires qui publiaient des journaux et en même temps vendaient des armes…

Tous, là, en première classe, avec leur attaché-case.

Dans cet appareil, s’envolaient vers l’espace sidéral tous ceux qui, hier, auraient dû être devant un tribunal et ce matin en prison.

 

(traduction : Françoise Thanas)

Photo - Photomaton[1]

 

 



Jorge Diaz

Je reviens à Jorge Diaz, ce dramaturge mexicain, qui s’est beaucoup interrogé sur le langage. A propos de « Liturgie pour des cocus » (1970), il écrit : Dans cette pièce, j’ai essayé de trouver la parade en valorisant les lieux communs. Au lieu de les éviter, je les ai recherchés et accumulés de façon à déshumaniser totalement le langage.

ROSANO – Je suis l’amant de votre femme.

CASTOR – Je suis enchanté de vous rencontrer.

ROSANO – Parce que c’est ainsi, n’est-ce pas, il y en a qui naissent pauvres, mais vicieux.

CASTOR – Si c’est tout ce qu’ils peuvent léguer à leurs enfants…

ROSANO – Je n’avais pas trop envie de vous connaître, mais votre femme, je la connais bien.

CASTOR – Et comment vous la trouvez ?

ROSANO – Si je peux me permettre, sans vous offenser…

CASTOR – Mais comment ! Je vous en prie.

ROSANO – Eh bien, alors, elle a les fesses qui tombent un peu.

CASTOR – Pas possible ?

ROSANO – Si je vous le dis !

CASTOR – J’espère que vous saurez lui remuscler.

ROSANO – C’est bien mon intention. En dépit de tout, une fesse n’est qu’une fesse.

CASTOR – Vous avez tout à fait raison.

ROSANO – Et puis si nous nous arrêtions à ces détails…

CASTOR -  … où irions-nous !

ROSANO – Ne regardons pas la paille dans la fesse du voisin, mais la poutre qui est dans la notre.

CASTOR – C’est ce que je dis toujours : moins de morale et plus de dignité.

ROSANO – Ou comme dit votre femme : moins de bavards et plus de plumard.

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José Juan Tablada

José Juan Tablada est un poète mexicain, né le 3 avril 1871 à Coyoacán et mort à New-York en 1945. Il mena plusieurs vies, étant journaliste, diplomate, écrivain, critique, bohème. Il vécut une période à Paris et il avait une grande connaissance de la littérature française. En 1900, il fit un voyage au Japon et il se passionna pour la culture japonaise au point d’écrire des haikus, qu’il illustre lui-même. (voir le blog du 25 janvier 2017) Il fut aussi diplomate à Caracas et c’est à lui qu’on doit, en 1919, la réaction vitale contre la rhétorique hispanique. Le poème qui suit, fit scandale, on l’imagine bien, dans la bonne société mexicaine.

 

MESSE NOIRE

Emen hetan !

(cris des stryges au sabbat)

*

Nuit de samedi ! Silencieuse

la terre et noire le ciel.

Dans mon âme une douloureuse

ritournelle répand son fiel.

*

Le cœur saigne rompu

par le cilice de mes peines

et court le plomb fondu

de la névrose dans mes veines.

*

Viens mon amour ! Donne au lit

l’édredon de tes seins apaisés

et doucement entrave ma folie

dans la prison de ton baiser.

*

Nuit de samedi ! Dans ta chambre

flotte un parfum d’encensoir,

l’or y brille et l’ambre

en fait un pèlerinage du soir.

*

Là, sous le plafond, candide

ton corps blanc a belle allure !

Et, comme un garde splendide,

veille, dénouée, ta chevelure .

*

Tu prends le triste contour

de ta religion vertueuse

et des plus sombres atours

tu caches ta peau voluptueuse.

*

Dans le chuchotement du chapelet

je veux entendre ce que tu confesses

et avec l’huile sacrée du baiser

lubrifier ta beauté, déesse !

*

Je veux changer le baiser impétueux

de mes strophes habituelles

par l’encens cérémonieux

des sonores litanies rituelles.

*

Je veux en grimpant sur ta couche

m’agenouiller sur ton bréviaire,

faire un autel de ta bouche

et de ta chambre un sanctuaire.

*

Et célébrer fervent et ému

sur ton corps envoûtant,

odorant, lubrique et nu

la Messe Noire des amants !

*

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Venezuela

Evidemment, la presse européenne se fait très discrète sur le dimanche électoral au Venezuela.

Ce dimanche 15 octobre, plus de 18 millions de vénézuéliens étaient invités à élire les 23 gouverneurs de 23 états parmi 226 candidats de droite ou bolivariens (= chavistes) – sauf à Caracas qui n’est pas un État. À cet effet le Centre National Électoral avait installé dans tout le pays 13.559 centres de vote et 30.274 tables électorales. Le taux de participation a été de 61,4 %, un taux très élevé pour un scrutin régional.

Les bolivariens remportent une large victoire avec 17 états contre 5 pour l’opposition. Celle-ci gagne notamment dans les états stratégiques de Mérida, Táchira, Zulia, proches de la Colombie, foyers de violence paramilitaire. Les bolivariens récupèrent trois états historiquement gouvernés par la droite : les états d’Amazonas, de Lara et – victoire hautement symbolique – celle du jeune candidat chaviste Hector Rodriguez dans l’État de Miranda, longtemps gouverné par le milliardaire et ex-candidat à la présidentielle Henrique Capriles Radonsky.

 

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Pour mieux comprendre le ressort vivant du chavisme, il suffit de comparer deux images. En haut : une droite machiste, blanche, liée à l’entreprise privée, adoubée par Donald Trump, l’Union Européenne, Emmanuel Macron, Mariano Rajoy, Angela Merkel et les grands médias internationaux, pour « rétablir la démocratie ». En bas, les secteurs populaires – une population métissée, majoritaire, mais invisibilisée par les médias – font la fête à Petare, un des plus grands « barrios » d’Amérique Latine, après la victoire du candidat bolivarien Hector Rodriguez.

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PS Autre chose. La semaine dernière j’ai posté un tableau d’un peintre paraguayen qui s’intitulait « La Pudeur » et j’ai été censuré sur Facebook. Ironie du sort, ce tableau avait été retiré en 1946 d’une exposition à Asunción par des dames patronnesses… On voit le chemin parcouru par Facebook. Voici le tableau en question d’Ofelia Echagüe Vera :

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Eduardo Mosches

Né à Buenos Aires en 1944, Eduardo Mosches s’est installé en 1976 à Mexico pour y étudier le cinéma, après un séjour au Moyen-Orient et des études de sociologie en Allemagne. Professeur universitaire, il dirige depuis vingt ans la revue de poésie Blanco móvil. Ses textes sont souvent inspirés par cette maxime : Une poésie qui reconnaît l’impuissance de la parole, tout autant que l’impossibilité de se taire.

Loin, bien loin des pieds des marcheurs et des soupirs des amants dans la tiédeur du soir, se trouve le fleuve épais comme de l’encre, c’est lui qui crée les incendies et les angoisses, les désirs et les désirs de changement. C’est un fleuve à la courte vie, noir et onctueux, dans ce pays où les lances rouges se mélangent aux serres du tigre, où les lagunes sont de purs lacs, où sans arrêt résonnent les tambours comme des points à la ligne et où les gouttes glissent et remplissent les feuilles de leurs écritures jusqu’à devenir boue, pendant que les fleurs engorgées se transforment en menthe fraîche ou enfiévrée, méticuleuse ou chaotique.

Et c’est ainsi que le vendredi toute la forêt écrit pour que la fin de semaine soit consacrée à la passion des mots et des images. De nouvelles voix susurrées qui vont entrer dans notre mémoire, des échos venus des montagnes vont se répandre dans une pluie de mots, de mirages et de symboles et rouler jusqu’à la mer. Et nous, les lecteurs, nous nagerons dans cette vague d’écriture.

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Ramiro Oviedo

Aujourd’hui à la médiathèque de la ville à Hermes, à 18h, nous recevons l’écrivain équatorien Edgar Ramiro Oviedo, qui viendra parler de son travail, lui qui a publié plusieurs recueils aussi bien dans son pays natal qu’en France où il vit depuis 1988.

Voici un poème récent qui n’est pas encore publié et qui rend bien compte de la vigueur de son écriture.

Paroles paroles paroles

 

I

 

Le marché de la poésie Place Saint Sulpice

Le printemps des poètes avec Pierre Paul Jacques

Le salon du livre à Tombouctou

Lecture poétique on ne sait où

La nuit de la lecture.

Que dalle!

 

Les mots, comme des arêtes de poisson

coincées dans la gorge !

 

 

II

 

 

Mesdames et  mesdemoiselles les poétesses

Messieurs les poètes

Pardonnez-moi de vous importuner

C’est juste pour vous dire

Que vos poèmes d’amour vous pouvez vous les garder

Y en a marre de vos gémissements bidon

Vos soupirs mystiques truqués, vos trèfles en carton

Vos printemps en plastique payés par l’Etat.

 

Si vous aimez les mots

-Poètes saisonniers-

Faites des mots croisés, je vous prie

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Jorge Gómez Jiménez

Voilà comment se présente Jorge Gómez Jiménez sur son site : letralia.com/jgomez/bio/index.htm

Cher lecteur, visiteur ou ami, comme tu préfères. Je suis Vénézuélien, né le 16 mai 1971 à Cagua, petite cité industrielle de l’Etat d’Aragua. Je suis myope et écrivain, ce qui n’est pas très commode. J’aime les gens qui sourient. Bien qu’à une certaine époque j’étais d’une humeur insupportable, le temps , qui est un maître persévérant, m’a enseigné que la vie est un espace agréable.

Il fut un temps

où nous ne nous connaissions pas,

Tu te promenais alors

par les mêmes rues que moi

sans me voir

ou alors tu me voyais, mais ne me regardais pas

et moi je te voyais et je te regardais,

je suppose que cela n’a plus d’importance.

En ce temps,

tu regardais les arbres,

les parterres, les poignées de porte,

les pluies,

les nuages rouges du soir,

tu embrassais tout de tes yeux noirs.

Tu regardais les autres hommes

qui te regardaient et qui peut-être se disaient

qu’ils ne te connaissaient pas encore.

Tu regardais tout,

en dehors de moi,

et moi je marchais en fixant l’horloge

et en attendant le moment

où enfin

tu me verrais.

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José Ignacio Cabrujas

José Ignacio Cabrujas, dramaturge, metteur en scène, acteur, scénariste et auteur de feuilletons de télévision. Il apporte dès ses premières œuvres en 1956 un souffle nouveau sur la scène vénézuélienne et il innovera jusqu’à sa mort en 1995. Voici un extrait de la pièce « Soirée Culturelle » où l’on représente la vie de Christophe Colomb avec une grande dérision.

AMADEUS MAYER (dans le rôle de Christophe Colomb) – Et voilà pourquoi nous nous en allons, attristés par tant de médiocrité. Ne jamais dire que la gloire s’est montré évasive. (il reste sur scène)

COSME – Et puis tu t’en vas.

AMADEUS MAYER – Ne jamais dire que la gloire s’est montré évasive.

COSME – Et puis tu t’en vas.

AMADEUS MAYER – Et je m’en vais. (il reste sur scène)

COSME – Un problème ?

AMADEUS MAYER – Non. C’est bien comme ça, n’est-ce pas ? Ca finit avec «  Ne jamais dire que la gloire s’est montré évasive. »

COSME – Et il s’en va.

AMADEUS MAYER – Et il s’en va.

COSME – Avec une allure de vaincu.

AMADEUS MAYER – C’est comment une allure de vaincu ?

COSME – Comme toi. Tu t’en vas, tout simplement.

AMADEUS MAYER – Je voulais…

COSME – Quoi ?

AMADEUS MAYER – Je ne sais pas. J’avais envie de dire quelque chose. Je sais bien que c’est fini, qu’il s’en va, mais j’avais envie de dire encore quelque chose…

COSME – Mais quoi ?

AMADEUS MAYER – Je ne sais pas… Une espèce de douleur généralisée, comme si c’était un Vendredi saint.

(traduction de Claude Demarigny)

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Jorge Diaz

Jorge Diaz est né en Argentine, mais c’est un dramaturge chilien. Jeune acteur, il joua notamment La Cantatrice chauve. Et on trouve dans son théâtre l’influence de Ionesco et de Beckett. Voici le début d’une pièce intitulée La Orgastula, écrite en décembre 1969)

 

Le rideau s’ouvre lentement. Toute la scène est blanche. On ne voit pas la transition entre la scène et le rideau de fond qui est blanc lui aussi.

Au milieu du plateau, debout et au premier plan, un homme et une femme entièrement enveloppés de larges bandes qui les unissent de façon à ne former qu’un seul corps, comme une énorme momie de laquelle émergent deux têtes. Toute la pièce se déroulera ainsi, c’est à dire dans l’immobilité complète des acteurs. Les têtes peuvent tourner si c’est nécessaire et les visages s’animer. Les bandages qui entourent les deux corps les maintiennent serrés face à face, de façon à ce qu’on ne voit aucune différence anatomique.

Au fond de la scène est assis un enfant d’environ six ans, tout de blanc vêtu. Son costume est dans le style 1900. L’enfant restera immobile durant la pièce, observant tout avec attention.

Durant un long moment l’homme et la femme émettent toute sorte de petits bruits, gémissements, ronflements, gargarismes, soupirs, rires et tout autre son guttural.

Voici le dialogue qui suit en langue originale espagnole et vous comprendrez qu’il faudrait un Jean Tardieu pour traduire cela :

MUJER Va-doJiooooo

HOMBRE ¿Vadolio yaja? . . .

MUJER Vadolio

HOMBRE ¿Inedia? . . . ¡Escorio!

MUJER Vadolio sin escorio.

HOMBRE ¿Saja, te saja guavamente? . . .

MUJER Me bisarga.

HOMBRE ¿Risa mi vanieja?

9789562841030[1]

 



Mario Halley Mora

Mario Halley Mora (Coronel Oviedo, 1926 – Asunción, 2003) est un romancier, dramaturge et journaliste. Il commença par écrire des feuilletons pour la radio. Il écrivit aussi une pièce en langue yopara qui est un mélange d’espagnol et de guarani. Il est un des auteurs les plus prolifiques du Paraguay ; on lui doit des dizaines de pièces de théâtre et de nombreux contes, notamment celui ci :

Perrito

Ses grands yeux dorés regardaient à travers des barreaux de la cage avec tristesse. Déconcerté, il ne comprenait pas, il ne pouvait pas comprendre ce qu’il lui arrivait.

La rudesse avec laquelle on lui avait passé une corde qui l’avait quasiment étouffé, il ne la comprenait pas non plus, lui qui se savait si petit et gentil. La cage sur roulettes et le raffut des chiens apeurés. Jamais Perrito n’avait vu autant de chiens ensemble. Chiens furieux qui mordaient, chiens tristes qui gémissaient doucement passant le museau au travers des barreaux, comme si l’unique air respirable était l’air amical et vieux de la rue. Et maintenant, voici qu’arrivait sous les arbres une autre cage toute en fil de fer avec encore plus de chiens à l’intérieur, et on continuait d’en bourrer à l’intérieur, de force, dans l’obscurité du fond de la caisse, dont l’ouverture laissait passer par moment un souffle aigre. A l’intérieur, pourtant que des chiens qui dormaient, et que ne réveillaient même pas les pétarades des voitures qui passaient le long du ravin.

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